le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

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Jacky-Soum
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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar Jacky-Soum » 17 Mar 2010 20:38

Le premier accident sérieux du Laubie survient le 17 Juillet 1950 prés de PORT LYAUTEY.

Une escadre composée des croiseurs MONTCALM et GEORGES LEYGUES, de plusieurs destroyers et frégates, dont LA SURPRISE, du convoyeur de sous-marin le GUSTAVE ZEDE et, bien sur, du LAUBIE, a quitté BREST quelques jours plus tôt.
Après une escale à CASABLANCA, elle se dirige vers le détroit de GIBRALTAR pour rallier TOULON, tout en effectuant des exercices.

La frégate la SURPRISE
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La catastrophe se produit alors que l'exercice vient tout juste de commencer : malgré un contact 'ASDIC' constant, la Frégate LA SURPRISE passe au-dessus du LAUBIE en plongée périscopique .

Voici le témoignage d'un marin du GUSTAVE ZEDE, récupéré par André PONDAVEN, Quartier Maitre Mécanicien à bord du LAUBIE de fin 1947 à 1951 :

« Le sous-marin "Laubie", ancien U-boat allemand de 735 tonnes, 55 hommes d'équipage, vient de lancer sa première torpille d'exercice. Il doit émerger une demi-heure plus tard.

On se trouve au large de Casablanca, quittée ce matin ; là haut, en surface, les bâtiments qu'il a charge d'attaquer évoluent, rangés en ordre de convoi. Il y a là les croiseurs "Montcalm" et Georges Leygues", des destroyers, des frégates, et enfin un convoyeur de sous-marins, le "Gustave Zédé" à bord duquel je suis embarqué.
Cette escadre a quitté Brest quelques jours plus tôt et, après une escale à Casablanca, cingle vers le détroit de Gibraltar pour rallier Toulon. En route, doivent avoir lieu des exercices de torpillage et de détection de sous-marins: c'est l'opération "Saturne".

On dit adieu à Casa, à ses gratte-ciel, à son port immense où mugissent les sirènes de cent navires, à sa médina grouillante. Bientôt, ce sera le retour et la permission bien gagnée. A bord du Laubie, chacun est à son poste.
Le commandant du sous-marin jette un coup d’œil à sa montre. C'est l'heure. Il donne un ordre. Lentement les ballasts se vident, le sous-marin remonte à la surface.
Le périscope vient d'émerger. Le commandant inspecte l'horizon. Il aperçoit le danger, le danger immédiat, foudroyant, imparable. Très calme, sa voix ordonne: "Trente mètres rapides, aux poste de combat!"

Trop tard ; une masse énorme est sur lui. Un choc, puis un second ébranlent le sous-marin. Un raclement, un froissement de ferrailles brisées, de tôles tordues, arrachées: c'est l'abordage.
Tous les hommes ont dû pâlir, mais pas un n'a quitté son poste, aucun n'a bronché.
« Nous montons ou nous dégringolons? » murmure un homme qui, de sa place, ne peut voir le manomètre et cherche à deviner le mouvement du bâtiment.
L'angoisse en surface: Les hommes de veille du navire abordeur (la frégate la Surprise) ont, eux aussi, mais trop tard, aperçu le périscope et manoeuvré immédiatement, ce qui n'a pas empêché l'arrière de leur bâtiment de heurter le kiosque et son hélice bâbord de cisailler les tôles comme l'aurait fait une gigantesque pince.
Et tout de suite, un message est lancé en phonie à tous les bâtiments: « Avons abordé le sous-marin Laubie par 30° bâbord avant. »

Immanquablement, si son panneau est affecté, le sous-marin va couler avec son équipage jusqu'à une profondeur qui, en ces parages, doit avoisiner 500 à 600 mètres. 55 marins risquent de trouver là une mort affreuse.

Par miracle, le panneau a tenu bond.
Quelque chose de noir et de long émerge. Sur tous les bâtiments, on pousse un immense soupir de soulagement: c'est le "Laubie" qui fait surface, avec son kiosque déchiqueté comme s'il venait de subir un bombardement.
Son panneau est si bien coincé qu'il faut aux hommes enfermés à l'intérieur plus de dix minutes d'un travail forcené avant de réussir à l'ouvrir.
Un second message vient rassure ces centaines de marins qui épient la mer, un message lancé cette fois par le "Laubie" lui-même, et qui les libère tous de l'angoisse:
"Dégâts purement matériels, pas de blessés à bord, pouvons faire route par nos propres moyens".

Des silhouettes noires s'affairent sur le pont étroit et déjà, le pavillon tricolore flotte à l'arrière, comme un symbole de résurrection. Ces hommes, qui viennent d'échapper au plus terrible des dangers, à la plus affreuse des morts, semblent déjà n'y plus songer et n'être possédés que d'un seul souci : ils inspectent les tôles de la "baignoire", s'inquiètent de la marche des moteurs, du fonctionnement des instruments de bord ; le périscope, les supports de jumelles, l'appareil de télémétrie sont hors d'usage.

« Quelques secondes plus tard, quelques dizaines de centimètres plus haut et c'en était fait de nous » me raconta plus tard quelqu'un du "Laubie" « mais si vous aviez vu comme tout s'est passé calmement ! Le "pacha" était calme : Oui, tout se passa calmement. La voix du "pacha" ne changea pas pour donner l'ordre qui, seul, pouvait sauver son bâtiment : la plongée. Et quand le sous-marin commença à s'enfoncer, pas un homme ne bougea. »

Pourtant, ils la trouvèrent belle, la mer, quand ils purent monter sur le pont ; l'air frais avait bien du charme, et les bâtiments qui les ralliaient, comme ils leur semblaient amicaux avec leurs hautes coques grises et tous ces visages tendus vers eux.
Escorté par le "Georges Leygues" et le "Gustave Zédé", le "Laubie mit cap sur Casablanca, quitté le matin même, et que les trois bâtiments atteignirent à la nuit tombée. Le pilote attendait dans sa vedette. Les feux de position de tous les bateaux amarrés se reflétaient dans l'eau calme du port. La ville entière était illuminée. On entendait un poste de radio qui jouait un air d'accordéon.
Le lendemain un homme du "Laubie"me disait:
- "Ah! Monsieur, on a eu une émotion, mais la voix du pacha était si calme qu'on n'a pas bougé. "Trente mètres rapides, aux postes de combat!" Ce qu'on a pensé ? Je ne m'en souviens pas. Ce fut trop rapide et trop long aussi. Mais vous pouvez dire qu'on a eu de la veine ! »

En conclusion : les causes de l'accident ne nous ont jamais été communiquées.
Sous toutes réserves : les" Fines" n'étaient pas en phases. Le tour d'horizon à l'écoute a t'il était fait ?
Ces erreurs humaines cumulées suffisent à envoyer le sous-marin et son équipage au fond.
L'analyse rapide, le sang froid du Cdt FRANÇOIS et la manœuvre exécutée par un équipage entraîner nous a sauvé la vie.


Les dégâts sont impressionnants !
Quelques cm. plus bas et le panneau aurait été endommagé, provoquant le naufrage du LAUBIE.

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Le GUSTAVE ZEDE, affectueusement surnommé 'TATAVE' était aussi un ancien bateau Allemand : le 'SAAR'.
Lancé le 5 Avril 1934 à KIEL, saisi par l'US NAVY en 1945, il est cédé à la France en 1947.
Sa longue carrière s'achève le 26 Février 1976 au large de MARSEILLE, lorsque servant de bâtiment cible, il est torpillé par la DORIS.

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Lors des réparations, le kiosque du LAUBIE est à nouveau modifié : la console haute et les affûts des mitrailleuses sont supprimés et la baignoire est re-profilée. Le périscope principal est doté d'une gaine de protection atténuant les vibrations en navigation au SCHNORCHEL.

Le kiosque du LAUBIE en fin de réparation en 1951.
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Enfin, un sonar est installé sur le pont, à l’emplacement du canon de 8,8cm.
Tout ces équipements sont visibles sur les clichés suivants.

Ici, au large de TOULON en 1953; on distingue, en plus, parfaitement le logement du schnorchel.
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Encore au large de TOULON en 1955, lancé à pleine vitesse ; un beau sillage !
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Petite visite des postes torpilles avant ..................et arrière le 7 Avril 1955.
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En 1956 la nationalisation du canal de SUEZ par le colonel NASSER provoque un conflit entre l’ÉGYPTE d’une part, ISRAEL, la FRANCE et l’ANGLETERRE d’autre part.
L’enjeux est vital pour le commerce de l’EUROPE OCCIDENTALE et menace la paix.
En Octobre et Novembre le LAUBIE participe aux opérations en Méditerranée.
Il doit se tenir prêt à remplacer le sous-marin LA CREOLE en cas de défaillance de celui-ci ;
Leurs Missions : contrer les éventuels sous-marins ennemis sortant du Canal et repêcher les aviateurs tombés en mer.
Pour éviter son identification, les marques sur le Kiosque sont effacées lors d’une escale à MALTE et une charge explosive est placée à bord pour un éventuel sabordage.
LA CREOLE est en fait prise pour cible par deux avions CORSAIRE du porte-avions LA FAYETTE qui confondent le sillage de son schnorchel avec celui d’une vedette rapide et l’attaquent à la roquette !!
Le sous-marin plonge rapidement sans grands dégâts !
La crise prend fin après plusieurs mois de tension suite à l’intervention de l’ONU et des ETATS-UNIS.

LA CREOLE en radoub vers 1955; on remarque sur le kiosque le canon Allemand de 8,8cm rajouté en 1946.
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Ce sous-marin FRANÇAIS, du type ‘AURORE’, a eu lui aussi une histoire pas banale.
Initialement prévu au programme de 1937, il est mis sur cale au Chantier NORMAND au HAVRE le 29 Août 1938. Achevé à 68 %, il est lancé le 8 JUIN 1940 et, sans moteurs, il est remorqué le lendemain à CHERBOURG puis à BREST.
Face à l’avancée fulgurante des ALLEMANDS qui arrivent au HAVRE le 13 Juin, LA CREOLE est évacuée vers NANTES puis LA ROCHELLE – PALLICE où elle arrive le 21 Juin avant de rejoindre le port de SWANSEA en ANGLETERRE le 23.
Tout travaux de construction étant exclus, elle va y attendre patiemment la fin du conflit.
Le 26 Mai 1945, LA CREOLE revient au HAVRE d’où elle est lancée une seconde fois le 3 Mai 1946 après application de nombreuses améliorations.
L’achèvement retardé par le manque de moyens, elle est admise au service actif le 1er Avril 1949. (Ferraillée en 1963)
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Quelques photos datant de Juin 1957; le LAUBIE fait route à 12 nœuds par une mer force 3.
LAUBIE le nez 'dans la plume' ...........................Le pont arrière submergé et le sillage.
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L'équipe de passerelle avec l'équipement ‘ad hoc’..Le Central Opération du LAUBIE.
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Eté 1958 : Le LAUBIE accompagné par l'escorteur rapide Le BOURGUIGNON entre dans la baie d'AJACCIO.
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Septembre 1958 : le LAUBIE entre en radoub dans la base KEROMAN à LORIENT.
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Septembre 1958 : à l'intérieur de l'U-BUNKER', les techniciens s'affairent sur le sous-marin.
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Dans le port de TOULON en 1959, l'équipage au complet pose pour la postérité lors d'une prise de commandement.
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En 1959, le LAUBIE compte à son bord un jeune élève officier de commandement, Bernard LOUZEAU, bien connu des sous-mariniers puisqu'il deviendra en 1967 le premier commandant du premier sous-marin nucléaire Français, Le REDOUTABLE.

Ici sur la passerelle du LAUBIE en 1959.............là, Amiral sur le pont du REDOUTABLE à CHERBOURG en 2002.
Image....Image
Né le 19 Novembre 1929 à TALENCE, Bernard LOUZEAU entre à l’école navale pour devenir sous-marinier. Après une campagne en INDOCHINE de 1951 à 1952, il accède au commandement de sous-marins. En 1967, le Capitaine de Frégate LOUZEAU devient le 1er Commandant du 1er sous-marin nucléaire Français Le Redoutable, poste qu’il quitte en 1972.
En Novembre 1973, il est nommé adjoint marine auprès du chef de l’état-major particulier du Président de la République. Il termine sa carrière avec le grade d’amiral, chef d’état major de la marine.
Il est Grand Officier de la Légion d’Honneur depuis le 12 novembre 1981.

Cette page étant bien chargée, la dernière partie est en page 5, ou en suivant ce lien : viewtopic.php?f=31&t=363&start=40#p4828


...............
Modifié en dernier par Jacky-Soum le 16 Mai 2017 11:53, modifié 28 fois.
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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar Jacky-Soum » 18 Mar 2010 16:21

Patjabix a écrit :Merci pour cette première partie passionnante !

Maintenant vite ! la suite !! :D


C'est en cours ! :Up:
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar gagouze » 18 Mar 2010 16:51

Jackie ton histoire est passionnante :bave: :bave:
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar strati02 » 18 Mar 2010 17:43

la suite, la suite... arrête de nous faire languir ou à la prochaine réunion de soum tu finis dans la piscine. :mrgreen:

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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 18 Mar 2010 20:27

strati02 a écrit :la suite, la suite... arrête de nous faire languir ou à la prochaine réunion de soum tu finis dans la piscine. :mrgreen:


HHHHHHOU le vilain impatient :lol: :lol:

Mais bon ; on voit que tu suis :Up:
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar strati02 » 18 Mar 2010 20:32

bien sur que je suis, c'est beaucoup plus intéressant que "plus belle la vie" et là au moins je ne mourais pas c*n. :mrgreen:

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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Patjabix » 18 Mar 2010 20:34

Il est pas mal dans cette dernière version, sans arme visible, ça me plais bien :Up:
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 18 Mar 2010 20:51

Patjabix a écrit :Il est pas mal dans cette dernière version, sans arme visible, ça me plais bien :Up:


Salut PAT ;)

C'est vrai qu'il a une silhouette sympa, plus moderne ; il fait penser aux sous-marins Français des années 50 !

Et puis pour le modèle réduit dans cette configuration, quelle simplicité :Up:
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar strati02 » 18 Mar 2010 22:26

bonsoir,
sur l'avant dernière photos, j'ai l'impression que les bers de torpilles servent de lits :shock: je me trompe ?

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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Patjabix » 18 Mar 2010 22:36

Jacky-Soum a écrit :Salut PAT ;)
C'est vrai qu'il a une silhouette sympa, plus moderne ; il fait penser aux sous-marins Français des années 50 !
Et puis pour le modèle réduit dans cette configuration, quelle simplicité :Up:


Ben c'est moins la simplicité (quoi que... :lol:) que le fait qu'il a une gueule différente, et puis j'suis pas fan des canons ;)
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