le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

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Jacky-Soum
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 20 Mar 2010 20:00

Solo a écrit :Excellent :lol: :lol: :Up:
Bon allez au taf au lieu de discuter ;)


J'y vais j'y vais ; y-a pas le feu dans les bouchots ! :lol: :lol: :lol:

Et as tu pris le temps de tout lire ? ;)
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Laurent Verdier
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Laurent Verdier » 20 Mar 2010 20:14

j'avais eu un bon apercu en lisant ton support, mais c'est tres interessant :Up:
Laurent Verdier

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Jacky-Soum
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 21 Mar 2010 20:01

OUPS !! :frust:

Je viens de m’apercevoir que j’ai oublié l’anecdote promise au tout début de l’historique !!!!

Je vais donc vous la livrer ici. :Up:

Elle s’intitule ‘LE CAFE DU LAUBIE’ et m’a été rapportée en Mai 2007 par un journaliste de la région Centre lors d’une foire commerciale où je présentais mon sous-marin.

Très intéressé par mon modèle, Il m’informe avoir effectué son engagement dans les sous-marins au début des années 60 sur un NARVAL ; après une longue discussion sur les sous-marins et la vie à bord, il me notifie avoir vu le trèfle du LAUBIE exposé dans l’escalier du Mess des officiers de la base L’HERMINIER et me demande alors si j’ai entendu parler 'du café du LAUBIE'.
Ma réponse étant négative, il me raconte alors l’histoire colportée à l’époque sur la base : l’action se passe en 1960 peut de temps avant la fin du LAUBIE ; un jour, le cuistot du bord sert, comme tous les jours, le café dans le carre des officiers. L’un d’eux demande alors au cuistot s’il a changé de marque de café, car depuis quelques jours, il a remarqué qu’il était bien meilleur que d’habitude, remarque confirmée par les autres officiers présents, qui lui demandent même de continuer à faire ‘un si bon café’ !
Le cuistot, un peux gêné, répond que non, qu’il n’a changé ni la marque du café, ni la ‘procédure’ pour le faire, ni la cafetière…
De retour dans la cambuse, il se tord les méninges pour comprendre les raisons de ce changement et, pour s’en convaincre, goûte son café, qu’il trouve effectivement excellent et se promet de tirer ça au clair dés le retour au port.

Quelques jours plus tard, le sous-marin étant à quai et déserté par son équipage, le cuistot décide de tout contrôler : le récipient où il range le café, le réservoir d’eau et, enfin, la cafetière qu’il décide de démonter entièrement.

Et là, surprise !!!!! :o

Il découvre coincé dans le fond du réservoir d’eau UN RAT dans un état de décomposition avancée !!! :woow:

On imagine la tête des officiers lorsqu’ils ont appris la raison du goût ‘EXCEPTIONNEL’ de leur café !!! :D :D

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strati02

Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar strati02 » 21 Mar 2010 21:32

elle est dégoutante ton histoire, bon je part boire mon café. :D
ton historique du Laubie à été passionnante, il y a quelque fois des petits brins d'histoire qui aurais pu changer ou éviter des guerres.
je regrette la fin malheureuse de ce sous marin qui n'a pas vraiment eu de chance. :cry:

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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 21 Mar 2010 21:54

strati02 a écrit :elle est dégoutante ton histoire, bon je part boire mon café. :D
ton historique du Laubie à été passionnante, il y a quelque fois des petits brins d'histoire qui aurais pu changer ou éviter des guerres.
je regrette la fin malheureuse de ce sous marin qui n'a pas vraiment eu de chance. :cry:


Salut STRATI ;)

Je pense que tu as tout dit !
Et c'est d'autant plus navrant qu'il avait pour porte bonheur DES TREFLES A QUATRE FEUILLES !!! :(
comme quoi.....
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Ghost » 21 Mar 2010 23:15

Bonsoir,

Marrante cette anecdote. Par ailleurs grâce à toi mon père qui est Rochelais sait maintenant comment cette vilel fut sauvée.

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coaxial
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar coaxial » 22 Mar 2010 18:46

A propos des trèfles à quatre feuilles , on en voyait beaucoups avant dans les fossés de nos campagnes :?

Ils étaient souvants collés sur l'aile arrière d'une Alfa , une Alpine ou une Abarth ect ect .......

Maintenant on en voit presque plus , z'ont étés mazoutés ou les désherbans , va savoir !!!!!!!!!!! .......................... :lol: fIN DU HORS SUJET




Bref trés bon sujet le Laubie . En naviguation la prise de surface est trés souvent dangereuse ainsi que les IP .

Aprés pour le café , sur les 800tonnes la rescette n'a pas perdurée , jamais entendu parler , peut-être qu'ils ont étés dégoutés , va savoir ;)
Moins je réfléchis plus fort et plus j'agis moins vite
Les bons crus font les bonnes cuites => Pierre Dac .
.... la simplicité est-ce bien la plus simple solution ..........?
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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 23 Mar 2010 11:19

Salut et merci pour vos réactions à ce sujet. :Up:

GHOST, cela me fait toujours plaisir d'apprendre qu'un ROCHELAIS découvre par le biais de cette histoire, un petite bout de ses racines ; c’est ce qui m’est arrivé il y a quelques années et je comprends l’émotion que l’on peut en ressentir.
Salut bien ton père de la part d’un ROCHELAIS de racines, mais aussi de cœur ! :Up:

COAXIAL, les trèfles, j’en trouve encore chez moi ! SI, SI !! :lol:
Mais je n’ai pas vérifié s’ils étaient à Quatre feuilles !! :D

Quand à l’histoire du CAFE DU LAUBIE, elle est comme beaucoup de chose : elle a sombré dans l’oublie ….. :dodo:

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Re: le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 22 Mar 2012 21:26

Bonjour tout le monde ! ;)

J’ai en ma possession depuis quelques semaines le livre Entre Marins écrit par l’Amiral Meyer en 1966. Je le dois à un ami qui l’a cherché et trouvé sur un site Internet de vente d’occasion. Qu’il en soit encore ici remercié. :respect: ;)

J’ai dévoré en à peine deux jours les 313 pages jaunies de ce livre de la première édition ; j’y ai trouvé le témoignage de l’homme qui a tout risqué pour sauver une ville et des gents qu’il ne connaissait pas, simplement parce qu’il était sensible à la beauté des choses et qu’il plaçait l’honneur et le devoir au dessus des considérations guerrières. :o

Je reviens donc vers vous pour compléter cet historique avec, d’une part, plusieurs documents dans leur intégralité et, d’autre part, quelques extraits du livre qui permettent de mieux comprendre le contexte de cette histoire humaine.

Pour ceux qui ont déjà lu l’ensemble de l’historique, je regroupe à la suite ici tous les nouveaux documents, ce qui vous éviteras de tout relire ! :Up:
Et je place, en même temps, chaque document dans son contexte, ce qui permet aux nouveaux lecteurs d’accéder directement à l’intégralité de l’histoire. ;)

Et, pour commencer, le texte intégral de la convention d’octobre.

IVème REPUBLIQUE
FORCES FRANCAISES DE L’INTERIEUR
ETAT-MAJOR ADELINE
CONVENTION ;
Dans le but d’éviter la destruction des installations portuaires et urbaines du port de La ROCHELLE - La PALLICE, destruction qui serait inévitable dans un combat, entre les commandements militaires Français et Allemand, il a été convenu ce qui suit :

ARTICLE PREMIER. – Les zones désignées ci-après ne peuvent faire l’objet d’attaques :
- ni par terre,
- ni par mer,
- ni par air,
soit de la part des troupes Françaises, soit de la part des troupes Allemandes.
Les zones en question sont délimitées comme suit :
a) Zone interdite à l’action des troupes Françaises : l’île de RE et une portion de terre ferme limitée, du côté de la mer, par la ligne de basse marée, du côté de la terre, par la ligne indiquée en rouge sur le plan joint en annexe.
b) Zone interdite à l’action des troupes Allemandes : les régions situées à l’est de la ligne figurée en bleu telle qu’elle est indiquée sur le plan joint en annexe.

ARTICLE II. – Dans la zone indiquée au paragraphe 1 a, le Commandement Allemand s’engage à s’abstenir de toute destruction des installations portuaires et urbaines.

ARTICLE III. – Dans la zone indiquée au paragraphe 1 b, le Commandement Français s’engage à ne pas fomenter ou appuyer des mouvements de résistance et des actes de sabotage de la population.

ARTICLE IV. – Dans la zone comprise entre les lignes rouge et bleu sus indiquées, les deux parties contractantes se réservent pleine liberté d’action.

ARTICLE V. – En ce qui concerne l’île d’OLERON, les deux parties contractantes se réservent également pleine liberté d’action.

ARTICLE VI. – Il est convenu que le Commandement militaire Français ne demandera pas l’aide du Commandement allié autour de La ROCHELLE.
Au cas où une telle intervention serait inévitable, il s’engage à dénoncer la présente convention.

ARTICLE VII. – Le délai de préavis de dénonciation est fixé à 4 fois 24 heures à compter de minuit faisant suite au jour de dénonciation.

ARTICLE VIII. – Le présent accord entrera en vigueur le 20 Octobre à zéro heure.

P.C., le 18 Octobre 1944.

Le Colonel ADELINE, Commandant les Troupes Françaises en opération dans le secteur ROYAN – La ROCHELLE.

Signé : ADELINE.


Nota. [b] – La ligne bleu mentionnée dans la convention ci-dessus est jalonnée par :
La Sèvre Niortaise – l’île d’Elle – Taugon – La Ronde – Courçon – Benon – Bouhat – Berges – Le Thou – Ciré – Breuil Magné – Saint Laurent – Fouras.
- La ligne rouge par :
Esnandes – Villedoux – Andilly – Longéve – Sainte-Soulle – Montroy – La Jarrie – Croix-Chapeau – Mortagne – Les Fontaines.


Comme on peut le lire, les choses sont parfaitement claires !
La carte en annexe donne une bonne vision de l’étendue de la poche.
Image


Voici ensuite la lettre de dénonciation de la CONVENTION que le Général De LARMINAT a rédigée en Avril 1945 pour avoir le champ libre sur Royan.

DETACHEMENT DE L’ATLANTIQUE
LE GENERAL
Quartier général, le 10 Avril 1945.

MONSIEUR l’AMIRAL,

Conformément à la clause de dénonciation incluse à l’article 7 de la Convention conclue le 18 Octobre 1944 entre M le Colonel ADELINE et vous-même, j’ai l’honneur de vous faire connaître que je considère que ladite Convention prendra fin à la date du 12 Avril 1945 à 0 heure G.M.T., c'est-à-dire qu’elle cessera de porter effet à la date du 16 Avril 1945 à 0 heure G.M.T.
En dépit de cette dénonciation, je me déclare prêt à respecter les stipulations de l’Article 3 de ladite Convention, relative aux actions de résistance intérieure.
En ce qui concerne l’intégrité des installations portuaires et urbaines de La ROCHELLE et de La PALLICE, je crois devoir attirer votre attention sur le point de vue du Gouvernement Français.
Les ports ou villes de La ROCHELLE et de La PALLICE ne présentent plus aucun intérêt militaire, de sorte que si ces lieux venaient à être endommagés systématiquement, maintenant que la décision de guerre est intervenue, le Gouvernement Français estimerait se trouver en présence d’un acte de sabotage délibéré, contraire au Droit des peuples, crime qui légitimerait, vis-à-vis de leurs auteurs directs ou indirects l’application de la juridiction de Droit Commun.
Si au contraire ces installations étaient respectées, le Haut Commandement Français, en considération du fait qu’au cours des sept derniers mois le Commandement Allemand de La ROCHELLE s’est comporté avec honneur, et a manifesté à différentes reprises un haut esprit de correction militaire, serait disposé, lorsque la garnison déposera les armes, à prendre, de concert avec le Commandement Allemand, toutes mesures nécessaires afin que la garnison Allemande soit traitée conformément aux lois et usages de la guerre, ainsi qu’aux traditions séculaires d’honneur et de générosité de l’Armée Française.
En particulier, les lieux d’internement seraient fixés dans la région maritime locale ; les conditions morales et matérielles seraient rendues aussi favorables que possible, avec la garantie minimum de l’application stricte de la Convention de GENEVE.
Enfin, dès l’intervention d’un accord de rapatriement des prisonniers Allemands, entre les gouvernements Allemand et Français, la garnison de La ROCHELLE serait rapatriée en premier lieu.

Signé : LARMINAT.


Il y a dans cette lettre un paragraphe d’une extrême importance, qui a très certainement influencé le comportement de la garnison Allemande : la promesse faite par le Général d’un traitement « de faveur » en cas de reddition sans destruction.
Comme on le verra plus loin, le climat de respect et de confiance mutuelle initié par Schirlitz et Meyer influença considérablement le court des événements.

A ce courrier, l’Amiral Schirlitz accuse réception.

LE COMMANDANT DU CAMP RETRANCHE
DE LA ROCHELLE.
Q. G. le 11 Avril 1945.

Très honoré Monsieur le Général,

Je confirme que j’ai reçu votre communication écrite en date du 10 Avril 1945, n° 1111 – aux termes de laquelle la convention conclue entre les Commandants Français et Allemand et relative à la non destruction des installations portuaires de La PALLICE devient caduque à partir du 16 Avril 1945 à 0h. (G.M.T.).
Veuillez agréer, Monsieur le Général, l’expression de ma plus haute considération.

Signé : SCHIRLITZ.


Une simple formalité, en somme avec cependant un respect certain pour son adversaire….

Et voici maintenant la lettre que je qualifiais « d’excuse » que le Général De LARMINA adresse à l’Amiral Schirlitz le 13 Avril 1945.

Monsieur l’AMIRAL,

Pour des raisons de secret d’opération, je ne vous ai pas exposé jusqu’ici les motifs pour lesquels j’ai dénoncé la convention du 18 Octobre 1944. J’estime devoir les donner au loyal combattant que vous êtes, maintenant que le secret est levé.
J’attaque ROYAN. J’ai désiré vous laisser les mains libres, afin que vous puissiez agir en cette circonstance selon ce que vous estimez devoir à la camaraderie de combat vis-à-vis de l’Amiral MICHAHELLES. Je ne veux pas qu’il puisse être dit un jour que, dans un combat entre soldats, une convention d’ordre diplomatique est venue retirer une partie de ses armes à l’un des adversaires. Je veux que le jeu soit complètement franc, ouvert, au grand jour, comme je n’ai personnellement jamais cessé de combattre votre pays depuis 1940. Si la date du 16 à 0 heure vous paraissait tardive, vous pouvez vous considérer dès maintenant comme libre d’agir.
Vous admettrez certainement que je n’ai personnellement aucun intérêt à dénoncer une convention à l’abri de laquelle j’aurais pu dégarnir notre front pour me renforcer sur ROYAN.
C’est donc un combat loyal et honorable qui vous est offert. Vous y rencontrerez, si vous l’affrontez, les meilleures troupes de notre armée.
Je conçois que vous ayez été froissé que je vous aie parlé d’application de peines de droit commun pour un acte de destruction que vous considérez comme couvert par les règles de la discipline militaire. Personnellement, je considère plutôt qu’un tel acte ne correspondrait pas à l’idée que je me suis faite de vos sentiments chevaleresques. J’ai cependant dû exécuter les ordres de mon Gouvernement dont voici le point de vue.
Il est évident que la destruction de La PALLICE n’a plus aucun intérêt militaire puisque les Forces Alliées ont déjà envahi la moitié de l’Allemagne sans le secours de ce port, et ne changerait certainement pas leurs lignes de communications s’il venait à être libéré aujourd’hui. Sa destruction serait un coup de plus à l’économie Française, déjà si cruellement éprouvée, sans aucun bénéfice d’aucune sorte pour vos forces militaires.
Le Gouvernement Français considère qu’un tel acte ne serait pas couvert par les lois de la guerre. Il considère de plus que tels évènements peuvent se produire, qui vous laisseraient entièrement libre de votre décision. Vous seriez alors seul responsable, vis-à-vis de la France, de la conservation ou de la destruction d’un bien Français, et mon Gouvernement estime que vous devez être informés de sa position sur ce point.
J’espère, Monsieur l’Amiral, que la situation tragique dans laquelle vous vous trouvez se résoudra bientôt. Je serais heureux d’être l’artisan de cette conclusion et l’estime dans laquelle je tiens votre caractère hautement militaire me porte à souhaiter que cette conclusion arrive assez à temps pour que j’aie le pouvoir d’en atténuer à votre égard le caractère pénible, dans la limite de mes devoirs.

Signé : LARMINAT.


Il y a dans cette missive un indéniable parfum de Chevalerie ! :o

Cependant, l’Amiral Schirlitz se senti blessé par la phrase « Le Gouvernement Français considère qu’un tel acte ne serait pas couvert par les lois de la guerre. » Il ne veut en aucun cas être considéré comme un renégat en cas de destruction sur ordre des installations portuaire ; les relations se tendent alors avec le risque de déboucher sur une catastrophe pour La Rochelle.

---------------------------------------------------

Et voici la reddition de Schirlitz le 9 Mai à 8h00, racontée par Meyer.

L’Amiral a posé sa Dague d'Honneur et ses pistolets d'ordonnance sur la table du bureau du port.
Les deux officiers se saluent et le Français présente au vaincu l'acte de capitulation.

« -Je signe sans lire, j’ai confiance en vous, Monsieur le Commandant, vous ne m’avez jamais trompé…. »
Puis il s’inclina vers le bureau qui se trouvait devant la fenêtre, et, d’une main ferme, apposa son paraphe sur les deux documents. S’avançant ensuite vers ses armes, il les considéra un moment puis me les tendit.
« -Voici mes armes : je vous en fais le cadeau personnel. »
Je lui dit alors : « -Monsieur l’Amiral, je n’ai pas été autorisé à vous laisser votre épée, au sens militaire du terme. Je le regrette. Mais je conserverai cette arme, je vous la rendrai un jour.
-C’est une consolation pour moi, répondit l’Amiral, que de remettre mes armes au loyal adversaire que vous avez été. Vous allez, je pense, prendre le commandement de la forteresse.
J’ai laissé tout en ordre et dans le meilleur état. J’ai fais en sorte que la tâche vous soit facile ; j’ai ordonné à mes hommes de vous obéir à partir de cet instant, comme à moi-même. »


Cette dernière phrase de l’Amiral est très importante et explique en grande partie la facilité avec laquelle les travaux sur les sous-marins ont pu être menés, avec la totale collaboration technique des prisonniers Allemand.
Car de son coté, le commandement Français a tenu ses engagements de traitement de faveur de la garnison, permettant, en particulier, aux officiers de marine de séjourner en un lieu de leur choix sur la base sous-marine !

Il y a bien là la trace de ce respect et de cette confiance mutuelle initié par Schirlitz et Meyer qui aboutit à ce qu’il n’y a jamais eu de gardes armés à bord des bâtiments dont les équipages étaient restés les mêmes, simplement placés sous les ordres d’un officier Français ! La prise de commandement Français se fit d’ailleurs cérémonieusement avec les équipages en uniformes neufs, arborant leurs décorations !

On comprend aisément l’étonnement des Rochelais qui voyaient partir en mer les navires en essais dans de telles conditions !!!

Cette coopération se retrouve aussi dans les opérations de déminage qui ont débuté dès la reddition de la poche ; L’Amiral Meyer écrit ainsi, dans son livre Entre Marins, qu’au sein des équipes Franco-allemandes « l’entraide, la camaraderie étaient de règle ». Ils partageaient les mêmes conditions de vie et les mêmes risques.
Ainsi, lorsqu’un accident de déminage provoqua la mort du Lieutenant de Vaisseau Gignoux, l’équipage Allemand qu’il commandait « sollicita la faveur de participer aux honneurs militaires rendus à leur chef ! » Ils se cotisèrent pour fleurir sa tombe…..

-----------------------------------------------------------

Concernant l’incident subit par l’U-766 pendant ses essais, l’Amiral Meyer relate les faits dans son livre Entre Marins :
« Seul l’un des commandants, le Lieutenant de Vaisseau Brunet, avait eu une petite émotion. En plongée, à l’immersion d’une cinquantaine de mètres, une voie d’eau s’était déclarée. Avant que le commandant eu donné un ordre, le Premier Maître du poste central fit connaître que l’on pourrait réparer en diminuant quelque peu l’immersion.
L’opération fut rapide ; il ne s’agissait que de la rupture d’un tuyautage de prise d’eau de mer.
L’on reprit alors l’essai de plongée profonde. Le Commandant suivait de près, bien entendu, l’aiguille de l’indicateur d’immersion. Le cadran était gradué jusqu’à 170 mètres, tandis qu’il ne dépassait guère 120 mètres sur les sous-marins Alliés.
Passé ce chiffre, le Commandant partageait ses regards entre l’indicateur et le visage de Premier Maître Allemand qui lui tenait lieu de second. Mais celui-ci, après chaque nouvelle dizaine, demeurait impassible.
Bientôt se firent entendre ces légers craquements de la coque, familiers aux sous-mariniers, qui annoncent que la membrure commence à souffrir….
Fâcheuse situation pour le chef placé devant l’alternative de ne pas faire confiance à son subordonné ou de commettre une imprudence.
L’on continua de descendre un peu, et alors, le Premier Maître leva les yeux sur son Commandant, qui comprit facilement qu’il pouvait donner l’ordre de remonter…
Les deux hommes étaient satisfaits l’un de l’autre. »


On peut dire que ce jour là, grâce au respect et à la confiance mutuelle, le Lieutenant de Vaisseau Brunet a gagné ses galons de commandant de l’U-766 ! :Up: ;)

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Voici les références de ce livre :

-‘Entre MARINS’
de l’Amiral MEYER
aux éditions Robert LAFFONT – 1966-

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Voila les dernières informations que je possède ; s’il y en a d’autre, je vous en ferais part, en espérant qu’elles vous intéressent ! ;)

Cordialement de jacky-Soum
Modifié en dernier par Jacky-Soum le 17 Avr 2015 13:55, modifié 2 fois.
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Messagepar Teba » 22 Mar 2012 22:01

Bonjour, :)

Tout simplement passionnant. :Up:


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