le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

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Jacky-Soum
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le LAUBIE, ex U766 : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 09 Mar 2010 15:36

Bonjour ! ;)

Voici pour ceux que l'histoire intéresse un peu, l'épopée méconnue d'un U-BOOT devenu FRANÇAIS le 9 Mai 1945, en assez bon état, lors de la libération de LA ROCHELLE, ville d'histoire miraculeusement épargnée par la guerre.

MIRACULEUSEMENT ??? :?:
Pas si sur !

Peu de ROCHELAIS connaissent aujourd'hui les faits qui ont sauvé la ville et ses 14000 habitants, ses trois ports, de pêche, de commerce et de guerre ainsi que toute la flottille de pêche et l'essentiel des infrastructures, alors que la quasi totalité des villes portuaire de l'atlantique ont été détruites par les bombardements allié de juillet à septembre 1944 ou par les combats de libération des poches de l'Atlantique ! :o

Je l'ignorais moi aussi avant de construire ce modèle dont la deuxième vie n'aurait probablement pas été possible SANS la sauvegarde de LA ROCHELLE. ;)

Le vieux port de LA ROCHELLE en 2006
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Aujourd'hui, il ne reste que quelques photos, un trèfle à quatre feuilles en laiton et une anecdote de ce bâtiment qui a pourtant rendu de grands services à la Marine Française.

Ce trèfle est exposé dans l'escalier du Mess des Officiers de la base L'HERMINIER à TOULON.
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1ére sortie opérationnelle du LAUBIE le 28 Août 1947 au large de La ROCHELLE.
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L'U-766 était un U-BOOT de type VII-C standard qui a vu le jour le 29 Mai 1943 à WILHELMHAVEN ; il était en tout points semblable à
l'U-571 dont voici la photo prise le 7 Mai 1942 à La ROCHELLE - PALLICE lors de son retour de chasse.
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Sous le commandement de l'Oberleutnant Hans-Dietrich WILKE, l'U-766 intègre le groupe d'entraînement de la 8eme Flottille à DANTZIG le 30 juillet 1943.
En Février 1944, soit plus de 6 mois plus tard, il entre au Kriegsmarine-werf à KIEL pour d'importantes modifications avant son affectation en flottille de combat.

Sur plusieurs points, l'U-766 est emblématique de cette période du conflit et sa courte carrière Allemande est intégralement liè aux événements :
Les Alliés décodent tous les messages Allemands car ENIGMA n'a plus de secrets pour eux et ils ont la suprématie aérienne totale ; la protection des convois est maintenant bien structurée et les radars ne laissent aucunes chances aux 'loups gris' qui attaquaient essentiellement de nuit, en surface, au canon de 8,8cm.
Dans ces conditions, les pertes sont énormes et atteignent leur paroxysme en Mai 1943 avec 42 U-BOOT disparus en opération avec leurs équipages !
De nombreux sous-marins ne reviennent pas de leur première mission… :woow:

En conséquence, les marins de métier devenant rares, le remplacement des équipages perdus est de plus en plus difficile et ce sont de très jeunes gens sans aucunes connaissances maritime qui s’engagent « pour sauver le Reich », nécessitant un entraînement très long.

Dans ces conditions, le canon de 8,8cm de l’U-766, devenu inutile, est donc déposé et les ingénieurs Allemands ripostent en renforçant l'armement anti-aérien ; la baignoire est élargie pour accueillir deux affûts de deux mitrailleuses de 2cm et une console est ajoutée à l'arrière du kiosque pour recevoir un canon de 3,7cm.

Enfin, le pont métallique est recouvert d'un plancher en chêne car, là aussi, il s’agit de permettre à ce bâtiment d’opérer sur le nouveau théâtre d’opération : car depuis fin 1942 avec, entre autre, le ralliement des colonies à la France Libre, les U-BOOT dont le terrain de chasse s'étendait de la mer du nord à l'Atlantique nord, agissent désormais dans les mers chaudes de l’Atlantique sud et de la Méditerranée où le pont métallique est impraticable pour les marins sous le soleil de plomb.

Ainsi transformé, l’U-766 est affecté à la 6ème Flottille basée à SAINT-NAZAIRE.

Il n'effectuera que 4 patrouilles de combat et ne fera AUCUNE VICTIME.

Pour sa première patrouille opérationnelle dans l’Atlantique nord, l'U-766 quitte KIEL le 9 Mars 1944, fait escale à MARVIKEN du 11 au 21, puis à BERGEN le 22 qu’il quitte le 23 Mars pour rejoindre SAINT-NAZAIRE le 16 Avril 1944, sans avoir croisé la route de la moindre cible...

Sa deuxième patrouille se déroule du 6 au 15 Juin avec la Meute ‘LANDWIRT’ composée de 39 U-BOOT qui forment une ligne de défense entre BREST et BORDEAUX.
La journée en plongée à la recherche des bâtiments Alliés et la nuit en surface, pour recharger les batteries, ils sont continuellement harcelés par les avions du COASTAL COMMAND qui leur infligent de lourdes pertes.
La position devenant intenable et en l’absence du moindre succès, les Loups Gris écourtent la mission et rejoignent leurs ports d’attache le 12 Juin.

Pour sa troisième mission, l’U-766 est transféré de SAINT-NAZAIRE à BREST entre le 26 et le 30 Juillet 1944.
Puis, du 2 au 6 Août, il forment avec l’U-618 le groupe WIESEL chargé d’intercepter les escortes des forces Alliées : sans succès.

Et c’est sa quatrième patrouille qui va le mener inopinément à La ROCHELLE et lui offrir la chance de revivre après la guerre, cette mission étant directement liée à l’évolution de la fin du conflit : face à l’inefficacité de l’armement anti-aérien, les ingénieurs Allemand décident de généraliser l'utilisation du schnorchel, y compris sur les bâtiments déjà en opération, qui permet aux sous-marins de rester en permanence en plongée, les rendant beaucoup plus difficile à repérer.

C’est ainsi que le 8 Août 1944, l'U-766 quitte BREST avec 14 techniciens et des pièces détachées de schnorchel à destination de BORDEAUX où il arrive le 17 Août.
Entre temps, la pression des alliés sur la base sous-marine de BORDEAUX est devenue telle que les U-BOOT doivent évacuer vers la NORVÈGE.
BORDEAUX sera libérée le 28 Août après de durs combats.
L'U-766 appareille le 18 Août en compagnie de l'U-963 et fait route vers le nord.
Le 21 Août, alors qu'il est tout prés de La ROCHELLE, il est repéré par un Wellington Canadien du 407eme ‘squadron’ qui le grenade sévèrement.

C'est avec les lignes d'arbres faussées, les tubes lance torpilles déformés et de légères voies d'eau qu'il entre dans l'alvéole n°4 de la base sous-marine de La ROCHELLE - PALLICE.
Alors que les 9 autres U-BOOT présents quittent La ROCHELLE entre le 23 Août et le 10 Septembre 1944 après avoir été équipés de schnorchel, l'U-766 ne bougera plus jusqu'à la libération de la ville, servant accessoirement de groupe électrogène à la base, alors qu’aucun des 9 autres U-BOOT ne survivra.

Le sort de LA ROCHELLE, et donc celui de l'U-766, s'est joué à partir du 20 Août 1944, lorsque le colonel PREUSSER, nazi convaincu qui commandait la place de La ROCHELLE, est remplacé par un officier de marine d'origine PRUSSIENNE, fils de Pasteur Protestant, l'Amiral Ernst SCHIRLITZ.

Il faut rappeler que c’est le choix d’Hitler de placer sous le commandement d’officiers de Marine les poches de l’Atlantique, transformées en « Forteresses »,
car « Aucun marin ne se rend sans combattre et, lorsqu’il est vaincu, il ne se rend pas, il se saborde. »
Ce qui ne présage rien de bon pour les ports concernés…

A la même période, les résistants de tout le sud-ouest affluent autours de LA ROCHELLE pour "En découdre avec l'ennemi".
Ce sont d'ailleurs EUX qui vont tenir SEULS les premières semaines du siège de la poche de la ROCHELLE.

D’autre part, les troupes Françaises ont débarqué en Provence le 15 Août ; une partie remonte la vallée du Rhône et l'autre remonte le sud-ouest et ne sera opérationnelle à La ROCHELLE que début Octobre.
Dans ces conditions, la situations est explosive : 18700 hommes puissamment armés retranchés dans la ville et sa périphérie face à quelque centaines de résistants mal équipés ....

DUNKERQUE, BREST, LORIENT, SAINT-NAZAIRE et tant d'autres villes portuaires ne sont plus que champs de ruines, mais toujours tenues par les troupes Allemandes ; dans ce contexte, le Général DE GAULLE, qui a comprit l’intérêt vital pour la France de préserver à La ROCHELLE les derniers ports de pêche et de commerce encore intacts, calme les alliés qui veulent continuer à -je cite- "ramollir les poches avec des tapis de bombes"

Rappelons qu’à cette époque la FRANCE est un empire colonial pour lequel les ports sont indispensables à la bonne marche de son économie ; hors, à la ROCHELLE, le port de pêche est le 2eme par ordre d’importance après Lorient (complètement détruit) et le port de commerce est aussi le 2eme sur la façade Atlantique après Dunkerque ! (Complètement détruit également)

Le commandement Français, qui a comprit également l'importance stratégique de La ROCHELLE, décide, avec l'accord officieux du Général DE GAULLE, de tenter une négociation avec l'occupant. C’est le Capitaine de Frégate Hubert MEYER, négociateur dans l'âme, issu d’une famille Protestante ( !! ), qui est désigné et pénètre dans la ville le 6 Septembre pour son premier entretien avec l'Amiral SCHIRLITZ.

Et là, l'improbable se produit : non seulement il est subjugué par la beauté de la ville, mais dès le PREMIER REGARD, quelque chose passe entre ces DEUX MARINS au parcours de vie très proches !

Car malgré l’accueil glacial de l’Amiral, l’émissaire Français ne se laisse pas impressionner. Et après quelques échanges un peu 'rugueux' où les deux hommes se jaugent, l’atmosphère se détend et le dialogue s'installe ; la perspective d'un accord devient envisageable.

Le 18 Septembre 1944, le Général DE GAULLE en visite à SAINTES confirme son soutien à MEYER et renouvelle aux alliés la consigne de ne pas bombarder la ville.

Malheureusement, une bavure dramatique qui s'est produite deux jours plus tôt dans une petite commune de la périphérie de La ROCHELLE, risque de tout compromettre : lors d'un accrochage entre soldats Allemand et Résistants, plusieurs civils sont lâchement massacrés.

C'est donc dans un climat d'extrême tension que MEYER rencontre SCHIRLITZ pour leur troisième entretien le 20 Septembre 1944.
Là, le chef Allemand s'engage immédiatement à diligenter une enquête afin que les auteurs de ce massacre soit punis. (Ce qu'il fit avec pour résultat la condamnation des coupables.)

Mais pas seulement ; très vite, les deux hommes décident que TOUS les résistants portant un brassard marqué 'FFI' seront traités comme des SOLDATS RÉGULIERS et non comme des TERRORISTES. De même, TOUT CIVIL PRIS POUR ESPIONNAGE OU SABOTAGE sera échangé contre des prisonniers de guerre Allemand.

L'Amiral SCHIRLITZ accepte et veillera au respect de cet accord jusqu'à la fin du siège.

C'est lors de cette rencontre, une demi-heure après cet accord inouï, inimaginable quelques semaines plus tôt, que l'Amiral a ces mots qui, à mon sens, l'élèvent au rang de citoyen Européen car ce n'est plus le soldat qui parle, mais l'Homme : "NOUS TRAVAILLONS MAINTENANT POUR NOS ENFANTS."

Certes, la guerre n'est pas finie, mais il est clair que cet homme, marin habitué à voir loin devant, pense à l'avenir de l’Europe et que la vie humaine compte à ses yeux.
Et c'est lui qui clôt l'entretien par ces mots : "ENTRE MARINS, IL EST TOUJOURS FACILE DE SE COMPRENDRE."

MEYER reprendra une partie de cette phrase pour titre du roman relatant ces faits qu'il publiera vingt ans plus tard.

Fort de cette avancée, le commandement Français décide de poursuivre les pourparlers dans l'espoir d'un accord protégeant les civils.
MEYER rencontre SCHIRLITZ le 30 Septembre et, ensemble, ils mettent au point une convention qui fixe des règles simples permettant aux deux camps de guerroyer à leur guise dans une zone de combat parfaitement délimitée par une ligne rouge coté Allemand et bleu coté Français.

Et c'est ainsi que le 20 Octobre 1944, l'Amiral SCHIRLITZ signe la 'CONVENTION d’Octobre' qui va permettre de sauver bien des vies, et dont voici le texte intégral :

IVème RÉPUBLIQUE
FORCES FRANÇAISES DE L’INTÉRIEUR
ÉTAT-MAJOR ADELINE
CONVENTION ;
Dans le but d’éviter la destruction des installations portuaires et urbaines du port de La ROCHELLE - La PALLICE, destruction qui serait inévitable dans un combat, entre les commandements militaires Français et Allemand, il a été convenu ce qui suit :

ARTICLE PREMIER. – Les zones désignées ci-après ne peuvent faire l’objet d’attaques :
- ni par terre,
- ni par mer,
- ni par air,
soit de la part des troupes Françaises, soit de la part des troupes Allemandes.
Les zones en question sont délimitées comme suit :
a) Zone interdite à l’action des troupes Françaises : l’île de RE et une portion de terre ferme limitée, du côté de la mer, par la ligne de basse marée, du côté de la terre, par la ligne indiquée en rouge sur le plan joint en annexe.
b) Zone interdite à l’action des troupes Allemandes : les régions situées à l’est de la ligne figurée en bleu telle qu’elle est indiquée sur le plan joint en annexe.

ARTICLE II. – Dans la zone indiquée au paragraphe 1 a, le Commandement Allemand s’engage à s’abstenir de toute destruction des installations portuaires et urbaines.

ARTICLE III. – Dans la zone indiquée au paragraphe 1 b, le Commandement Français s’engage à ne pas fomenter ou appuyer des mouvements de résistance et des actes de sabotage de la population.

ARTICLE IV. – Dans la zone comprise entre les lignes rouge et bleu sus indiquées, les deux parties contractantes se réservent pleine liberté d’action.

ARTICLE V. – En ce qui concerne l’île d’OLERON, les deux parties contractantes se réservent également pleine liberté d’action.

ARTICLE VI. – Il est convenu que le Commandement militaire Français ne demandera pas l’aide du Commandement allié autour de La ROCHELLE.
Au cas où une telle intervention serait inévitable, il s’engage à dénoncer la présente convention.

ARTICLE VII. – Le délai de préavis de dénonciation est fixé à 4 fois 24 heures à compter de minuit faisant suite au jour de dénonciation.

ARTICLE VIII. – Le présent accord entrera en vigueur le 20 Octobre à zéro heure.

P.C., le 18 Octobre 1944.

Le Colonel ADELINE, Commandant les Troupes Françaises en opération dans le secteur ROYAN – La ROCHELLE.

Signé : ADELINE.


Nota. [b] – La ligne bleu mentionnée dans la convention ci-dessus est jalonnée par :
La Sèvre Niortaise – l’île d’Elle – Taugon – La Ronde – Courçon – Benon – Bouhat – Berges – Le Thou – Ciré – Breuil Magné – Saint Laurent – Fouras.
- La ligne rouge par :
Esnandes – Villedoux – Andilly – Longéve – Sainte-Soulle – Montroy – La Jarrie – Croix-Chapeau – Mortagne – Les Fontaines.


Comme on peut le lire, les choses sont parfaitement claires et la carte jointe permet de bien visualiser l’étendue de la zone concernée.

Carte de la poche de La ROCHELLE suivant la 'Convention d'Octobre'.
Image

Bien que signé par le Colonel ADELINE pour le commandement Français, cet accord n'en est pas moins officieux et secret, ce qui fait courir à MEYER un risque mortel en cas d'indiscrétion ; les combattants Français ne comprennent pas pourquoi ils ne vont pas déloger l'ennemi, ni pourquoi des convois de ravitaillement de La ROCHELLE se mettent en place.
Car dans les clauses de la Convention, l'Amiral SCHIRLITZ a accepté que la population Rochelaise soit ravitaillée par mer sous l'égide de la CROIX ROUGE SUÉDOISE.

Le chalutier MESSIDOR quitte le vieux port de La ROCHELLE après y avoir déchargé des vivres et du bois de 'boulange' ; il évacue des malades et des prisonniers.
Image

Quand aux soldats Allemands, ils assurent leur propre ravitaillement par des sorties en convois armés qui débouchent systématiquement sur des accrochages avec le dispositif Français qui s'est organisé et compte désormais plus de 15000 hommes, de l'artillerie et des chars; il y a des morts, des blessés et des prisonniers dans les deux camps mais PLUS UN SEUL CIVIL FRANÇAIS NE TOMBE SOUS LES BALLES ALLEMANDES.

Participant au siège de La ROCHELLE, l'acteur Jean GABIN pose avec son équipage devant leur Tank Destroyer SOUFFLEUR II.
(2éme peloton, 2éme escadron du RBFM de la 2éme DB.)

Image
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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar Jacky-Soum » 09 Mar 2010 16:17

Le temps passe et la situation en Europe évolue : la contre-offensive Allemande du 9 Décembre dans les Ardennes est un échec et partout le front recule.
Parallèlement, les bombardements alliés s'intensifient sur l'Allemagne et le 3 Avril 1945, KIEL, la ville domicile de l'Amiral SCHIRLITZ, est totalement détruite ! :woow:

TOUTE SA FAMILLE EST PORTÉE DISPARUE.

Le lendemain, le Général DE LARMINAT, qui a pris le commandement des forces Française, dénonce la convention d'Octobre pour avoir les mains libre vis à vis de la poche de ROYAN qui bloque toujours l'accès au port de BORDEAUX.
Car là aussi, la destruction totale de la ville le 3 Janvier 1945 par les bombes alliées n’a en rien réduit la puissance des fortifications Allemandes.

Il en informe l’Amiral SCHIRLITZ par le courrier suivant :

DÉTACHEMENT DE L’ATLANTIQUE
LE GÉNÉRAL
Quartier général, le 10 Avril 1945.

MONSIEUR l’AMIRAL,

Conformément à la clause de dénonciation incluse à l’article 7 de la Convention conclue le 18 Octobre 1944 entre M le Colonel ADELINE et vous-même, j’ai l’honneur de vous faire connaître que je considère que ladite Convention prendra fin à la date du 12 Avril 1945 à 0 heure G.M.T., c'est-à-dire qu’elle cessera de porter effet à la date du 16 Avril 1945 à 0 heure G.M.T.
En dépit de cette dénonciation, je me déclare prêt à respecter les stipulations de l’Article 3 de ladite Convention, relative aux actions de résistance intérieure.
En ce qui concerne l’intégrité des installations portuaires et urbaines de La ROCHELLE et de La PALLICE, je crois devoir attirer votre attention sur le point de vue du Gouvernement Français.
Les ports ou villes de La ROCHELLE et de La PALLICE ne présentent plus aucun intérêt militaire, de sorte que si ces lieux venaient à être endommagés systématiquement, maintenant que la décision de guerre est intervenue, le Gouvernement Français estimerait se trouver en présence d’un acte de sabotage délibéré, contraire au Droit des peuples, crime qui légitimerait, vis-à-vis de leurs auteurs directs ou indirects l’application de la juridiction de Droit Commun.
Si au contraire ces installations étaient respectées, le Haut Commandement Français, en considération du fait qu’au cours des sept derniers mois le Commandement Allemand de La ROCHELLE s’est comporté avec honneur, et a manifesté à différentes reprises un haut esprit de correction militaire, serait disposé, lorsque la garnison déposera les armes, à prendre, de concert avec le Commandement Allemand, toutes mesures nécessaires afin que la garnison Allemande soit traitée conformément aux lois et usages de la guerre, ainsi qu’aux traditions séculaires d’honneur et de générosité de l’Armée Française.
En particulier, les lieux d’internement seraient fixés dans la région maritime locale ; les conditions morales et matérielles seraient rendues aussi favorables que possible, avec la garantie minimum de l’application stricte de la Convention de GENÈVE.
Enfin, dès l’intervention d’un accord de rapatriement des prisonniers Allemands, entre les gouvernements Allemand et Français, la garnison de La ROCHELLE serait rapatriée en premier lieu.

Signé : LARMINAT.


Il y a dans cette lettre un paragraphe d’une extrême importance, qui a très certainement influencé le comportement de la garnison Allemande :
la promesse faite par le Général d’un traitement « de faveur » en cas de reddition sans destructions.

Comme on le verra plus loin, le climat de respect et de confiance mutuelle initié par Schirlitz et Meyer influencera considérablement le court des événements.

A ce courrier, l’Amiral Schirlitz accuse réception.

LE COMMANDANT DU CAMP RETRANCHE
DE LA ROCHELLE.
Q. G. le 11 Avril 1945.

Très honoré Monsieur le Général,

Je confirme que j’ai reçu votre communication écrite en date du 10 Avril 1945, n° 1111 – aux termes de laquelle la convention conclue entre les Commandants Français et Allemand et relative à la non destruction des installations portuaires de La PALLICE devient caduque à partir du 16 Avril 1945 à 0h. (G.M.T.).
Veuillez agréer, Monsieur le Général, l’expression de ma plus haute considération.

Signé : SCHIRLITZ.


Une simple formalité, en somme avec cependant un respect certain pour son adversaire….

C'est dans ces circonstances dramatiques que le 12 Avril 1945, MEYER rencontre SCHIRLITZ pour la septième fois.
C'est un homme brisé qui fait face à MEYER ; informé du drame qui frappe son adversaire, il comprend qu'il doit désamorcer la situation et c’est alors l'humaniste qui s'adresse à l'Amiral en ces termes:

"Monsieur l'Amiral, je viens d'apprendre l'épouvantable malheur qui s'est abattu sur votre personne.
Bien que nous soyons ennemis, permettez moi de vous dire toute l'horreur que je ressens et toute la sympathie que j'éprouve pour vous.
Laissez moi vous serrer la main."


L'Amiral, touché, lui répond :
"Monsieur le Commandant, aucune des paroles de sympathie que j'ai reçues autour de moi ne m'a touché autant que celles-là"

Les qualités humaines de ces deux Hommes permettent de renouer le dialogue et d'envisager la sauvegarde de la convention et donc, de la ville.

MEYER reprend :
"La guerre, Monsieur l'Amiral, est une chose affreuse. Nous avons essayé tous deux de la rendre moins cruelle ici. Alors pourquoi, d'Homme à Homme, ne tenterions nous pas encore quelque chose au nom de ceux qui sont morts ? Faisons qu'ils ne soient pas morts en vain...
-Que pourrions nous faire encore ?
-Monsieur l'Amiral, la Convention a été rompue pour des raisons politiques. Elle me paraît cependant pouvoir survivre entre nous, Soldats. Si elle a été dénoncée dans la lettre, nous pourrions la maintenir dans l'esprit...
-Je ne doute pas de votre loyauté, mais quelles garanties me donneriez vous ?
-Je ne puis, Monsieur l'Amiral, en garantie, vous offrir que ma parole d'honneur.
-Je l'accepte. Je sais qu'elle est valable...Je ne ferai donc rien avant que nous ne nous soyons à nouveau rencontrés."


Seuls deux marins empreins de respect et de confiance en la parole de l'autre peuvent tenir ce discours !

Dés lors, le sort de la ville, de ses 14000 habitants et des soldats des deux camps ne tiennent plus qu'au respect de cet engagement.

Le 13 Avril, MEYER parvient à convaincre le Général DE LARMINAT qui adresse à l'Amiral SCHIRLITZ la lettre qui suit, justifiant la dénonciation de la Convention et signifiant qu'il accepte de lui faire confiance !

Monsieur l’AMIRAL,

Pour des raisons de secret d’opération, je ne vous ai pas exposé jusqu’ici les motifs pour lesquels j’ai dénoncé la convention du 18 Octobre 1944. J’estime devoir les donner au loyal combattant que vous êtes, maintenant que le secret est levé.
J’attaque ROYAN. J’ai désiré vous laisser les mains libres, afin que vous puissiez agir en cette circonstance selon ce que vous estimez devoir à la camaraderie de combat vis-à-vis de l’Amiral MICHAHELLES. Je ne veux pas qu’il puisse être dit un jour que, dans un combat entre soldats, une convention d’ordre diplomatique est venue retirer une partie de ses armes à l’un des adversaires. Je veux que le jeu soit complètement franc, ouvert, au grand jour, comme je n’ai personnellement jamais cessé de combattre votre pays depuis 1940. Si la date du 16 à 0 heure vous paraissait tardive, vous pouvez vous considérer dès maintenant comme libre d’agir.
Vous admettrez certainement que je n’ai personnellement aucun intérêt à dénoncer une convention à l’abri de laquelle j’aurais pu dégarnir notre front pour me renforcer sur ROYAN.
C’est donc un combat loyal et honorable qui vous est offert. Vous y rencontrerez, si vous l’affrontez, les meilleures troupes de notre armée.
Je conçois que vous ayez été froissé que je vous aie parlé d’application de peines de droit commun pour un acte de destruction que vous considérez comme couvert par les règles de la discipline militaire. Personnellement, je considère plutôt qu’un tel acte ne correspondrait pas à l’idée que je me suis faite de vos sentiments chevaleresques. J’ai cependant dû exécuter les ordres de mon Gouvernement dont voici le point de vue.
Il est évident que la destruction de La PALLICE n’a plus aucun intérêt militaire puisque les Forces Alliées ont déjà envahi la moitié de l’Allemagne sans le secours de ce port, et ne changerait certainement pas leurs lignes de communications s’il venait à être libéré aujourd’hui. Sa destruction serait un coup de plus à l’économie Française, déjà si cruellement éprouvée, sans aucun bénéfice d’aucune sorte pour vos forces militaires.
Le Gouvernement Français considère qu’un tel acte ne serait pas couvert par les lois de la guerre. Il considère de plus que tels évènements peuvent se produire, qui vous laisseraient entièrement libre de votre décision. Vous seriez alors seul responsable, vis-à-vis de la France, de la conservation ou de la destruction d’un bien Français, et mon Gouvernement estime que vous devez être informés de sa position sur ce point.
J’espère, Monsieur l’Amiral, que la situation tragique dans laquelle vous vous trouvez se résoudra bientôt. Je serais heureux d’être l’artisan de cette conclusion et l’estime dans laquelle je tiens votre caractère hautement militaire me porte à souhaiter que cette conclusion arrive assez à temps pour que j’aie le pouvoir d’en atténuer à votre égard le caractère pénible, dans la limite de mes devoirs.

Signé : LARMINAT.


Il y a dans cette missive un indéniable parfum de Chevalerie ! :woow:

Cependant, l’Amiral Schirlitz se senti blessé par la phrase « Le Gouvernement Français considère qu’un tel acte ne serait pas couvert par les lois de la guerre. »
Il ne veut en aucun cas être considéré comme un renégat en cas de destruction sur ordre des installations portuaire !
Les relations se tendent alors avec le risque de déboucher sur une catastrophe pour La Rochelle, d'autant plus que le commandement Français s'est mis dans la tête de faire participer activement ses soldats à la libération du pays !

Et l’évolution de la situation globale n’augure rien de bon car, lorsque le 30 Avril 1945, HITLER se suicide et que l'Amiral DOENITZ lui succède, les forces Française, sentant la fin proche, veulent en découdre et investir La ROCHELLE , au risque de provoquer une boucherie et la destruction de la ville.

C'est la mort dans l'âme que MEYER rencontre SCHIRLITZ le 2 Mai car il doit lui annoncer les intentions belliqueuses de sa hiérarchie, alors que le canon tonne aux portes de la ville.

Là, se produit un petit miracle ;
la rencontre se tient dans une petite salle de la capitainerie du port, au pied du phare d'alignement du chenal, dont voici la photo.

Image

Depuis cette salle, les deux négociateurs aperçoivent les tours du vieux port à peu près sous cet angle.
Image

Est-ce cette vision qui inspire l'Amiral SCHIRLITZ ?

On peut le penser car après d'âpres discutions, il semble tout à coup transformé : LA ROCHELLE 'La REBELLE', cette ville chargée d'histoire, ce port dont les tours majestueuses ont vu tant de marins partir vers l'horizon, tout ce qu'ils ont mis tant de cœur à sauver ne PEUVENT PAS, NE DOIVENT PAS DISPARAITRE.

L'Amiral ne peut rien signer, rien écrire d'officiel qui serait assimilable à une trahison par son commandement,
mais il veut bien engager sa parole de Soldat qu'il fera tout son possible pour éviter le pire.

Après cette entrevue, un groupe de Rochelais accompagne anxieusement sur le port la délégation Française et salut son départ en chantant la Marseillaise.

Une fois encore, c'est la confiance en la parole donnée qui sauve la situation et permet à MEYER de calmer les ardeurs guerrières du camp Français.

La situation reste en suspend jusqu'au 4 Mai 1945 lorsque l'Amiral DOENITZ déclare après un entretien avec MONTGOMERY : "Les conflits ont perdu toute signification à l'ouest."

En clair, LA GUERRE EST FINIE POUR L'ALLEMAGNE.

Le jour même, SCHIRLITZ et MEYER se rencontrent à nouveau et mettent sur pieds une commission Franco-Allemande permettant la reddition de la poche sans débordements dangereux ni de la population, ni des soldats tant Français qu'Allemands.
L'Amiral renouvelle alors sa promesse de faire tout son possible pour sauvegarder la ville et ses ports.

La reddition sans condition de l'Allemagne est signée à Reins le 7 Mai 1945 à 2h45 au poste de commandement du Général EISENHOWER et sera effective le 8 Mai à 0h00.

La population Rochelaise, informée par la radio Bir Hakeim de la résistance, laisse exploser sa joie : partout dans la ville fleurissent Cocardes, Drapeaux et Oriflammes ; on prépare la fête alors que les soldats Allemand patrouillent encore en armes dans les rues !

Au dessus de la porte de la 'Kommandantur' le drapeau nazi flotte toujours mais, à la fenêtre d'un particulier juste au dessus, un drapeau Français claque au vent de la liberté !!!

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Modifié en dernier par Jacky-Soum le 22 Oct 2015 12:00, modifié 6 fois.
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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar Jacky-Soum » 09 Mar 2010 16:47

Et le 8 Mai à 10h30, les troupes Française conduites par le Colonel CHÊNE, entrent dans la ville sous les acclamations de la foule,
SANS TIRER UN SEUL COUP DE FEU !! :woow:

La passation de pouvoir se passe sans accroc et, en fin de journée vers 23h00, MEYER reçoit la capitulation personnelle de SCHIRLITZ. En effet, l'Amiral a remis la ville aux mains du Colonel CHÊNE, mais c'est à MEYER qu'il veut se confier avant de finir la nuit au milieu de ses soldats à la base sous-marine.

Se passe alors ce dialogue irréel entre vainqueur et vaincu :
"Ma patrie est perdue !
-Monsieur l'Amiral, j'ai moi-même vécu des minutes semblables au mois de Juin 1940.
-Ce n'était pour votre pays qu'une défaite provisoire, car le monde entier se trouvait derrière la France, tandis que l'Allemagne demeure seule, à la merci de ses adversaires. Dans l'effondrement de ma patrie, je n'ai qu'une consolation, celle d'avoir fait mon devoir jusqu'au bout et d'avoir remis ma forteresse au loyal adversaire que vous êtes. Monsieur le Commandant, voulez-vous me permettre de vous serrer la main, en soldat ?
Le combat entre la France et l'Allemagne est fini. Peut-être nous retrouverons-nous un jour comme alliés ?"


Paroles chevaleresque et ô combien visionnaire !!!

Le lendemain, dés 7h00, Meyer est sur les quais de La PALLICE pour accueillir le commando de Fusiliers Marin Français chargé d'investir la base.
(C'est l'officier qui a les mains derrière le dos en haut à droite sur la photo)

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Puis, à 8h00, MEYER rejoint SCHIRLITZ dans une petite pièce du bureau du port; l'Amiral a posé sa Dague d'Honneur et ses pistolets d'ordonnance sur la table.
Les deux officiers se saluent et le Français présente au vaincu l'acte de capitulation.
L'Amiral dit alors : « -Je signe sans lire, j’ai confiance en vous, Monsieur le Commandant, vous ne m’avez jamais trompé…. »
Puis il s’incline vers le bureau qui se trouve devant la fenêtre, et, d’une main ferme, appose son paraphe sur les deux documents.

S’avançant ensuite vers ses armes, il les considère un moment puis les tend à MEYER.
« -Voici mes armes : je vous en fais le cadeau personnel. »
« -Monsieur l’Amiral, je n’ai pas été autorisé à vous laisser votre épée, au sens militaire du terme. Je le regrette. Mais je conserverai cette arme, je vous la rendrai un jour.
-C’est une consolation pour moi, répond l’Amiral, que de remettre mes armes au loyal adversaire que vous avez été. Vous allez, je pense, prendre le commandement de la forteresse.
J’ai laissé tout en ordre et dans le meilleur état. J’ai fais en sorte que la tâche vous soit facile ; j’ai ordonné à mes hommes de vous obéir à partir de cet instant, comme à moi-même. »


Cette dernière phrase de l’Amiral est très importante et explique en grande partie la facilité avec laquelle les travaux sur les sous-marins ont pu être menés, avec la totale collaboration technique des prisonniers Allemand, comme on le verra plus loin.

Les MEILLEURS ENNEMIS quittent le bureau, se saluent et partent chacun vers leur destin.
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La Rochelle le 21 Août 2015 – L’uniforme que l'Amiral SCHIRLITZ portait lors de sa reddition, exposée dans le musée du Bunker.
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En reconnaissance de cette magnifique réussite, Hubert MEYER, qui a pris le commandement de la base sous-marine de La PALLICE, est promu Capitaine de Vaisseau le 3 Octobre 1945.

Incarcéré depuis la libération sur l’accusation de crime de guerre, l'Amiral SCHIRLITZ obtient en Juillet 1947, un NON LIEU dans le procès de la bavure de Septembre 1944 suite aux témoignages du Général DE LARMINAT, du représentant de la Croix Rouge Suédoise et du Capitaine de Vaisseau Hubert MEYER.

Libéré en Octobre 1947, il rentre à KIEL où il retrouve sa femme et sa plus jeune fille , miraculeusement épargnées par le terrible bombardement du 3 Avril 1945.

En Janvier 1948, Hubert MEYER est fait "Citoyen d'Honneur de La ROCHELLE" au cours d'un conseil municipal extraordinaire.
Le maire lui demande alors pourquoi un homme originaire de NANCY, qui ne connaissait ni la ville, ni ses habitants, avait pris tant de risques, mis tant d'ardeur à sauver La ROCHELLE.

MEYER répond que c'est la ville qui l'a inspiré et le dit en ces termes:
"Quand je suis venu pour la première fois, en Septembre 1944, quand j'ai vu sous un beau soleil se dresser vos tours, votre port d'où sont partis tant d'hommes vers l'incertitude de la vie maritime, j'ai été saisi par la beauté des choses qui s'offraient à moi et j'ai eu aussitôt l'ardent désir de sauver cette ville."

Le vieux port et sa flottille de pêche tels que MEYER les découvrent le 8 Septembre 1944.
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La Rochelle le 21 Août 2015 – Le diplôme de Citoyen d’Honneur du C.V. Hubert MEYER exposé dans le musée du Bunker.
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En Août 1954, le Capitaine de Vaisseau Hubert MEYER, qui poursuit une brillante carrière, tant diplomatique que militaire, n'oublie pas le passé; il parvient à restituer, par l'intermédiaire du Général Allemand SPEIDEL, sa Dague d'Honneur et ses armes à son honorable Ennemi car, comme ces deux marins visionnaires l'avaient pressenti 10 ans plus tôt, l'EUROPE se construit dans la paix retrouvée.

La Rochelle le 21 Août 2015 - La dague d'Honneur de l'Amiral SCHIRLITZ exposée dans le musée du Bunker.
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L’Amiral MEYER quitte la Marine en 1961 et devient maire de Royan, ville martyr qu’il s’appliquera à reconstruire pour en faire une grande cité balnéaire.

Mais il n’oublie pas le passé et, délié du secret militaire, il publie un roman intitulé "ENTRE MARINS" dont il envoie un exemplaire à l'Amiral SCHIRLITZ en Avril 1966, avec la dédicace suivante :
à l’Amiral SCHIRLITZ qui fut mon ferme et loyal adversaire, je dédie ce livre au marin qui a hautement honoré son Pays dans la plus dure des épreuves.

Le livre est accompagné d’un courrier qui justifie l’existence de ce document et montre à quel point l’Amiral MEYER estime son ancien adversaire :

. Saint-Ciers, le 18 avril 1966
Monsieur l’Amiral

Vous m’aviez demandé en me quittant si j’écrirais le récit de notre commune aventure, et je vous avais affirmé que non. Or, il m’a fallut changer d’avis afin de venir en aide à nombre de mes anciens adversaires injustement traités. Mais il me fut interdit de publier ce récit en librairie, et de le diffuser avant vingt ans ! Devenu libre, j’ai remanié mon ouvrage pour en faire un livre.
J’ai tenté d’être aussi exact et aussi juste qu’un auteur peut l’être sur ses propres actions.
Je vous demande de me pardonner les erreurs ou omissions que j’aurai pu commettre. Soyez certain que je n’ai pensé qu’à rendre claire la belle histoire de deux marins ennemis qui ont défendu les intérêts de leur patrie et qui, les premiers, ont tracé entre nos deus Pays, la voie de la réconciliation et de l’amitié, et ont vu se lever l’aube de l’Europe.
Aujourd’hui, je veux, Monsieur l’Amiral, vous témoigner à nouveau ma très haute et déférente estime et échanger avec vous une fraternelle poignée de main, comme nous le fîmes, jadis, dans les pires circonstances.
Hubert Meyer


La réponse de l’Amiral SCHIRLITZ ne se fait pas attendre et montre que ces deux hommes au milieu de la tourmente, regardaient bien dans la même direction : l’avenir de l’Europe !

. Kiel, le 24 avril 1966
Très honoré Monsieur l’amiral,

Vous m’avez causé une surprise et une joie extraordinaires lorsque ma femme m’a remis votre lettre en même temps que votre livre si judicieusement intitulé Entre Marins.
Il était clair, pour nous deux, que seuls, en tant qu’officiers de marine, nous pouvions mener à bien ce devoir insolite, du fait que l’expérience de la mer nous a appris à voir loin et qu’un marin est capable de comprendre un autre marin, fût-ce un adversaire.
Il va de soi que j’ai médité sur ce passé, sur notre comportement et sur cet accord, fruit de nos efforts communs qui marque le point culminant et l’aboutissement de ma carrière. J’ai conclu par ce dicton, en usage dans la marine Allemande : « Dieu y a mis le pouce ! » C’est-à-dire que lorsqu’il advient que deux navires sont sur le point de s’aborder et qu’il ne reste plus entre eux que l’espace d’un pouce, le choc peut encore être évité.
Sans doute usez-vous dans la marine Française de quelque maxime de ce genre, et je pense que vous-même, en tant que chrétien et en tant que protestant, ce que je suis, moi aussi, vous apprécierez cette formule et que, peut être, vous l’adopterez.
Cela ne diminue en rien la valeur non plus que la volonté tenace de l’officier d’élite et de l’homme lucide que j’ai reconnus en vous et présenté tel à mon entourage.
Certes, pour moi, la situation était des plus accablantes, surtout en raison des ordres que j’avais reçus et que j’ai transgressés au point d’en prendre le contre-pied. Mais je n’hésite pas à reconnaître que c’est à vous seul que revient l’honneur d’avoir, dès l’abord, pris les initiatives que commandait la situation. Elles ne pouvaient provenir que de vous, et vous les avez fait prévaloir, malgré les obstacles qu’y mettaient les vôtres, ce dont j’étais particulièrement informé. Ainsi êtes-vous parvenu à un heureux dénouement dont nous pouvons tous deux être fiers.
Et voici, maintenant, en conclusion d’une affaire qui fut pour nous deux si délicate, qu’un livre que j’espérais beaucoup voir paraître, et que j’ai lu passionnément, m’apporte la somme de vos opinions et de vos pensées, en même temps qu’une dédicace en forme d’hommage sans réticence qui semble jaillir du cœur.
Laissez-moi vous dire que j’en suis profondément ému, et qu’il en est de même de ma femme à qui j’ai lu quelques passages. Nous fûmes des adversaires. Mais aussi extraordinaire qu’il paraisse, nous savions pouvoir nous fier l’un à l’autre, parce que nos rapports étaient empreints d’une franchise totale, ce qui va de soi, entre marins de bonne trempe.
Amiral, je ne puis que vous exprimer mon cordial remerciement ni autrement ni mieux qu’en vous serrant fraternellement la main comme vous l’avez fait vous-même.
Ernst Schirlitz


L’original de cette lettre, exposé au musée du bunker de La ROCHELLE, est partiellement visible sur la photo de la dague d’Honneur de l’Amiral SCHIRLITZ. ;)

Dix ans vont encore passer avant que ces deux hommes d'exception, qui ont toujours maintenu le contact, ne se revoient en Août 1976, lorsque les époux MEYER sont reçus à KIEL chez l'Amiral et sa femme ; occasion pour les femmes, en pleur de pouvoir enfin tomber dans les bras l'une de l'autre et pour les hommes de reparler longuement de leur aventure commune.

Le destin ne leur laissera pas le temps de se revoir à nouveau car la mort frappe MEYER le 8 Septembre 1978 dans un accident de voiture dont sa femme réchappe gravement blessée.
Dés qu'elle le peut, Mme MEYER annonce la terrible nouvelle à l'Amiral SCHIRLITZ qui lui adresse un émouvant courrier reproduit ci-dessous.

Kiel, le 11 septembre 1978
Madame

Ému profondément par l’ébranlante nouvelle de votre accident et du décès de l’Amiral, je vous prie de croire à l’expression de ma condoléance et de la sympathie de Madame Schirlitz. Je sais bien considérer l’immense épreuve qui vous a été imposée par le sort et je suis plein de compassion avec votre douleur. Vous déplorez la perte d’un mari dévoué, la France celle d’un de ses grands hommes, et moi, je regrette la mort d’un ami.
Je commémorerai l’Amiral comme adversaire loyal en temps de guerre qui, avec moi, poursuivait le même but : celui de sauver la ville de La Rochelle, la vie de sa population et celle des soldats des deux côtés, sans négliger nos devoirs militaires envers nos patries réciproques. En laissant passer ma vie en rétrospective, vous me permettrez de dire que je suis fier d’avoir réussi à accomplir mon devoir de soldat sous l’obligation de l’humanité et grâce au secours persévérant de l’Amiral, d’un homme d’honneur et de raison. Et je garderai toujours reconnaissante mémoire à tout ce qu’il avait fait pour moi pendant mon incarcération injuste après la capitulation Allemande. Alors, déjà, l’adversaire de jadis s’était transformé en ami.
« Entre Marins », le souvenir de l’Amiral Hubert Meyer demeurera inoubliable et hautement honoré.
Quoiqu’il n’ait pas de mots pour amoindrir votre douleur, je vous souhaite, Madame, un soulagement de vos souffrances et rapide réconvalescence.
Veuillez accepter, Madame mes hommages respectueux et l’expression de ma condoléance sincère.

Ernst Schirlitz


Puis, malade, l’Amiral SCHIRLITZ s'éteint dans son sommeil dans la nuit du 27 au 28 Novembre de la même année, peut être 'pressé' de rejoindre...
'SON MEILLEUR ENNEMI', qui était devenu son PLUS FIDÈLE AMI.


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Cette histoire est tombée dans l’oubli jusqu'au début des années 2000, lorsque deux historiens décident d'enquêter sur cette incroyable péripétie de la poche de La ROCHELLE ; l’ouverture des archives militaires de tous les pays concernés ainsi que l’accès aux archives privées des deux Amiraux leur permet d’en faire un livre publié en 2005 pour le 60éme anniversaire de la libération de la ville, judicieusement intitulé « Meyer et Schirlitz, les meilleurs ennemis ».

On pourrait s’étonner de la facilité avec laquelle l’Amiral SCHIRLITZ a accepté de négocier la sauvegarde de la ville ; la réponse se trouve, bien sur, dans les courriers reproduits plus haut, mais aussi, dans des témoignages que les historiens ont trouvé dans ses archives personnelles :
Lorsqu’il est arrivé le 20 Août 1944 à La ROCHELLE, l’Amiral SCHIRLITZ a ressenti la même émotion vis-à-vis de la ville, que le Capitaine de frégate Hubert MEYER quelques semaines plus tard…..

Quand à moi, je pense que je dois beaucoup à ces deux hommes que j'aurais aimé rencontrer : Je suis né à La ROCHELLE ainsi que mes enfants peut être grâce à eux, car mon père et ma mère habitaient tout les deux dans la ville occupée et n’ont donc pas subit les bombardements qui ont fait tant de victimes dans les autre villes portuaires Française.


LA SUITE en deuxième page ;) , ou en suivant ce lien : viewtopic.php?f=31&t=363&start=10#p4540
Modifié en dernier par Jacky-Soum le 16 Mai 2017 11:39, modifié 34 fois.
"Où mon chapeau passe, la pluie trépasse !"
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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar gagouze » 09 Mar 2010 18:18

Jacky il est intéressant ton historique sur le Laubie. :Up:

Je meurt d'envie de connaitre la suite :)
Etienne
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Un voilier caboteur en construction : Le Narval
Un classe Alfa en construction.

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Messagepar philippeg » 09 Mar 2010 19:47

bonsoir ,
merci pour cette page d'histoire ! j'attends la suite !

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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar Patjabix » 09 Mar 2010 20:03

Salut,

Merci pour cette page d'histoire, c'est passionnant :Up:

Une remarque technique: évite de créer plusieurs messages , tu peux utiliser la fonction "éditer" pour continuer à écrire dans un message déjà fait. Merci d'avance.
A+
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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar Pablo » 09 Mar 2010 20:12

Bravo pour cet historique particulièrement bien documénté... Vivement la suite ;)
Sous marin imaginaire en PVC
Hunley en métal au 1/8
Kilo au 1/144
Un Subracer
Jouets pour mes petits-enfants
Site web : http://www.loubet-modelisme.com

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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar strati02 » 09 Mar 2010 21:19

merci, c'est très intéressant vivement la suite.

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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar Jacky-Soum » 09 Mar 2010 22:06

Merci à tous; cela fait vraiment plaisir de voir des gents qui s'intéressent à l'histoire :Up:
et vous allez voir que, comme me l'a si justement dit un commentateur lors des fête du nautisme à Nevers en 2009 :

"C'EST UNE FORMIDABLE HISTOIRE DE MARINS, C'EST UNE BELLE HISTOIRE DE 'VIE'."

Pour l'établissement du document qui me suit partout et que j'utilise içi, j'ai cherché, acheté plusieurs livres, j'en ai emprunté à mon père et j'ai épluché tous les sites internet dés que j'ai été équipé; puis J'AI CROISE LES DONNEES !!!
Dans un truc comme ça, c'est le plus long et le plus délicat si on veut respecter les faits...

Et merci pour le conseil de rédaction du poste; si je comprends bien, je peu mettre la totalité dans le même message ? :?:

Départ retardé pour cause de NEIGE :D
Donc, rajout de quelques lignes...
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Re: le LAUBIE, ex U766

Messagepar Teba » 11 Mar 2010 11:34

Bonjour, :)

Bon, alors ? tourne la page, on attend la suite, quel suspens. :?:


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