Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

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Jacky-Soum
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Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 24 Mar 2011 20:32

Bonjour à tous ! ;)
Voici comme prévu l'historique de ce sous-marin resté célèbre dans la marine Française.
Et ici le lien vers le sujet sur la construction du modèle réduit : viewtopic.php?f=6&t=1120
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Décoré de la Croix de la Libération, de la Fourragère aux couleurs du ruban de la Médaille Militaire et de la Fourragère aux couleurs du ruban de la Croix de Guerre 1939 - 1945, le plus titré des sous-marins Français de la seconde guerre mondiale repose depuis le 31 Janvier 1958 par 41 mètres de fond au large de Saint Tropez.
C’est une des plus belles épaves de méditerranée et le site incontournable pour tous les passionnés de plongée.

Photos de plongées.
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Vue d’artiste de l’épave du Rubis.
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C’est en fait l’achèvement d’une longue carrière qui commence par son lancement le 30 Septembre 1931 dans le cadre d’un programme de six sous-marins poseurs de mines, série baptisée Les Pierres Précieuses, les autres étant le Saphir, tête de série, le Turquoise, le Nautilus, le Diamant et la Perle. Le Nautilus doit en fait, son nom à la coïncidence entre la date de sa mise en chantier et le centenaire de la naissance de Jules Verne.
Qualifiés de robustes et bien conçus , ces sous-marins sont très vite surnommés "les fers à repasser" du fait de leurs formes généreuses.

Voici les principales caractéristiques de ces sous-marins :
Construit au chantier naval de Toulon sur les plans d’ Augustin Normand et Fernand Fenaux.
Masse en surface de 761 tonnes et de 925 tonnes en plongée.
Longueur 65 m 90 pour 7 m 12 de largeur et un tirant d'eau de 3 m 87.
Vitesse 12 nœuds en surface et 9 nœuds en plongée.
Immersion maximum de sécurité 80 mètres
Armement évolutif :
- 2 tubes lance torpilles de 550 mm à l’avant.
- 2 tubes lance torpilles de 400 mm et un de 550mm en tourelle orientable à l’arrière.
- 1 canon de 75 mm sur la plage avant.
- 1 mitrailleuse de 13.2 mm sur la plage arrière qui sera déplacée sur le kiosque pendant la guerre.
- 2 mitrailleuses de 8 mm installées sur le kiosque.
- 32 mines réparties dans seize puits disposés de part et d’autre de la coque.
Propulsé par 2 moteurs diesel Vickers six cylindres de 650 cv à 360 tours/min en surface et 2 moteurs électriques Schneider de 550 cv en plongée.
Equipage : 4 officiers, 9 officiers mariniers et 32 hommes d'équipage.

Marquages successifs du Rubis : H4, 202, P15 puis S07.

Le Rubis pendant ses essais en 1932.
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L’idée d’utiliser des sous-marins pour poser des mines remonte au début du XXéme siècle, les Russes étant les premiers à l’appliquer avec le Krab lancé en 1915. En France, c’est en 1912 que les chantiers Normand proposent à la marine un bâtiment de 770 tonnes armé de mines Sautter-Harle spécialement conçues pour cet usage, sans résultats.
La première guerre mondiale remet le dossier au goût du jour, l’Allemagne et l’Angleterre utilisant avec succès plusieurs sous-marins de ce type. Il est alors décidé de confier les sous-marins Astrée et Amarande aux chantiers Normand pour leur adapter le système de largage étudié par l’ingénieur Fenaux.
Parallèlement, suite à la demande de la marine en Février 1914, deux prototypes sont construits l’un par les chantiers Schneider, le Maurice Callo et l’autre par les chantiers Normand, le Pierre Chailley. Mis sur cale en 1917, ils ne seront achevés qu’en 1921 et 1922 mais démontreront l’utilité de ce type de bâtiments, donnant naissance au programme Saphir sur la tranche de construction 1925/1927.

Le Rubis en campagne d’essais de liaison radio ; on remarque les deux mats repliables.
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Le RUBIS à poste, probablement à TOULON ( ?) avant la guerre. On remarque les mats radio levés et la cheminée de la cuisine de mouillage, à l’arrière de l’abri de navigation.
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Admis au service actif en Avril 1933, le Rubis est basé tout d’abord à Toulon, puis affecté à Cherbourg en compagnie de Nautilus, Saphir et Turquoise en Novembre 1936, d’où il même de nombreuses croisières ; il rejoint Bizerte en mai 1939.

Moment de détente pour l’équipage du Rubis à BIZERTE dans les années 30.
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Autre moment de détente pour l’équipage du Rubis à BIZERTE à la même période.
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Le 3 septembre 1939, à la déclaration de guerre, le Rubis est en carénage.
Après un entraînement intensif d’un mois, il est affecté à Brest en janvier 1940, sous le commandement du Lieutenant de Vaisseau Georges CABANIER, avec Nautilus et Saphir, pour venir en aide au Danemark et à la Norvège.
En avril 1940, le Danemark et la Norvège étant envahis, les alliés veulent interrompre le trafic du minerai de fer vers l’Allemagne et décident de mouiller rapidement des champs de mines sur les côtes norvégiennes et à l’entrée de la Baltique
Dans ce but, les anglais demandent l’affectation des mouilleurs de mines français en Angleterre. Mais devant la menace d’entrée en guerre de l’Italie, la France décide de renvoyer le Saphir et le Nautilus en Méditerranée et de n’affecter que le Rubis en Angleterre.
Transféré à Dundee en Écosse, avec son chargement de mines, il est affecté à la 9ème flottille de sous-marins où le navire mouilleur de mines Pollux apporte un stock de mines pour les opérations suivantes.
Comme il est placé sous commandement britannique, il embarque à son bord un officier de liaison, le Lieutenant E.J.D Turner, un quartier maître timonier et un opérateur radio.

L’équipage en juin 1940 ; le LV Cabanier tien Bacchus sur ses genoux, encadré à sa gauche par son second le LV Rousselot et à sa droite par le Lt E.J.D. Turner.
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Le Rubis entre en action le 3 mai 1940 et ne reverra la France qu'en Juin 1945.

Il appareille pour sa première mission le 3 mai 1940 ; il mouille ses 32 mines au sud de Egersund le 10 mai et rentre à Dundee le 14 mai.
Bilan de cette première mission : deux bateaux de commerce de 54 et 174 tonnes sont coulés et un cargo de 2.435 tonnes est endommagé.

Du 23 au 30 mai 1940, il pénètre à l’intérieur d’un fjord près de Haugesund. L’approche, le transit aller et retour nécessitent 36 heures de plongée. Les mines sont mouillées à 300 mètres de Bleivik, provocant le naufrage d’un chaland de 174 tonnes et d’un cargo de 938 tonnes.

Pour sa 3ème mission, du 5 au 12 juin 1940, le Rubis pénètre de 14 milles à l'intérieur de la passe nord de Bergen où il largue ses mines le 9 juin. Il est détecté au lever du jour par un contre torpilleur allemand qui l'oblige à rester immergé 35 heures durant.
Le 10 juin, les mines du Rubis envoient par le fond un cargo de 1081 tonnes.

Le Rubis au large de Toulon avant la guerre. (Photo Marius Bar)
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Les nouvelles du front en France sont préoccupantes et l’Amirauté française rappelle le Rubis à l’issue de sa troisième mission, ainsi que le navire-dépôt Jules Verne et la flottille française basée à Dundee. Le Vice-Amiral Max Horton adresse au Rubis un message de félicitations et exprime le regret de le voir partir. Parallèlement, l’Amirauté britannique demande à l’Amiral sous-marin, de transmettre les félicitations pour les remarquables succès obtenus par le Rubis.
Le départ est fixé au 18 juin, mais l’Amirauté Britannique souhaite qu’il ne rentre pas en France avec son chargement de mines et qu’une quatrième opération soit effectuée.
La proposition est acceptée in extremis par l’Amirauté française sous réserve que le Rubis rentre immédiatement si un armistice est signé.

Le 18 Juin, le Général De Gaulle lance son appel à la France libre et, de l’aveu même des marins du Rubis, l’ensemble de l’équipage a déjà pris la décision de continuer le combat aux cotés des Anglais si la France signe l’armistice.

Le Rubis devient alors‘virtuellement’ le premier bâtiment des Force Navales Française Libres qui verront le jour quelques semaines plus tard.

C’est dans cet état d’esprit de l’équipage que le Rubis appareil le 20 Juin 1940 pour Trondheim.
L'armistice est signé le 22 juin mais des "difficultés de communication" tiennent l'équipage dans l'ignorance de cet événement, et le Rubis mouille ses mines le 26 juin à l’intérieur du fjord de Trondheim, après être passé sous un contre torpilleur en patrouille qui ne l’a pas détecté.

Le 3 juillet 1940, l'amirauté anglaise engage par surprise "l'opération Catapult" : les navires français sont investis, leurs équipages débarqués. On donne aux marins le choix entre les Forces Navales Françaises Libres, sous le commandement de l'Amiral Muselier, ou le rapatriement pur et simple.
Trois mille marins seulement resteront sur les navires des FNFL, mais leur nombre sera augmenté plus tard par l'arrivée de soldats désireux de poursuivre le combat, jusqu’à atteindre le nombre de 10000 en 1943.

Le Rubis, rentré à Dundee le 30 Juin, est saisi lui aussi ; l’opération se passe sans incidents grâce aux égards et à la diplomatie du commandant de la 9ème flottille, le Captain Roper, et du Vice Amiral Horton qui montre un attachement particulier pour ce sous-marin. Au moment du choix proposé par le Commandant Cabanier, la majorité de l’état-major et de l’équipage s’engagent dans les FNFL, à l’exception d’un jeune officier, d’un officier marinier et de trois quartiers maîtres. Le Rubis, qui porte désormais le n° P 15, rejoint la Minerve, la Junon et le Surcouf au sein des sous-marins de la France Libre et entre en petit carénage.

Départ en mission pour le Rubis avec son nouveau matricule.
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Le Rubis est disponible à partir du 5 septembre 1940, mais le stock de mines françaises Sauter Harlé étant épuisé, il est employé en tant que sous-marin d’attaque mais sans résultat ; il est trop lent et lourd pour ce genre de mission.
Sa 5ème patrouille se déroule du 5 au 20 septembre 1940 à proximité de Dogger Bank par très mauvais temps et la 6ème du 5 au 18 octobre à l’entrée de Stavanger.
Lors de sa 7ème patrouille, du 31 octobre au 14 novembre 1940, il débarque un agent sur la côte ouest de l’île de Bommelö le 3 novembre, puis surveille l’entrée de Korsfjord.
Sa 8ème patrouille a lieu du 1er au 18 décembre 1940 sur les côtes d’Utvaer, sans résultats.

Vue en écorché d’une mine à Orin du Rubis.
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Visite d’un stock de mines Anglaise.
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Le Rubis entre en carénage, et subi des modifications du système de stockage et lancement des mines, pour l’adapter aux mines anglaises Vickers Armstrong qui seront employées jusqu'à la fin de la guerre.

Le Rubis en carénages ; on distingue sur le flanc droit les huit puits de mines ouverts.
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Le Rubis appareille de Dundee le 7 mai 1941 pour essais et le 10 mai, le Lieutenant de Vaisseau Georges Cabanier, promu capitaine de corvette, prend le commandement des forces Naval Française du Pacifique. Il est remplacé par son second le lieutenant de vaisseau Henri Rousselot, et l’enseigne de vaisseau Simon Dubuisson est nommé officier en second.
Pour sa 9ème opération du 1er au 19 juin 1941, le Rubis est appelé d’urgence pour renforcer le barrage mis en place dans le golfe de Gascogne dans le but d’intercepter le croiseur lourd Prinz Eugen qui cherche à se mettre à l’abri après le naufrage du Bismarck.
Le 8 juin, en faisant surface de nuit par mauvais temps, la barre de direction tombe en avarie, bloquée à 25° à droite.

Pendant 2 jours, le Rubis plonge le jour et fait surface la nuit en tournant en rond dans le mauvais temps, essayant de tenir la cape avec un moteur. L’amiral sous-marin envisage la récupération de l’équipage par un autre sous-marin et le sabordage du Rubis.
Mais le 10 juin en soirée, une amélioration du temps autorise l’accès à l’extrême arrière.
Le matelot Paul Helie est alors « désigné volontaire d’office » pour trouver la cause de l’avarie.
Armé d’une clef à molette et d’un marteau, relié au sous-marin par un ‘bout’, il travaille les genoux dans l’eau avec la crainte de rester à la mer si le sous-marin doit plonger d’urgence.
Son intervention, la remise en place d’une goupille sur un cardan de la transmission, sauve le navire et lui vaudra, 50 ans plus tard, d’être décoré de la Légion d’Honneur par le président Mitterrand.

La 10ème opération du Rubis faillit être la dernière et lui valut une certaine renommée.

Le sous-marin appareille le 14 août 1941 pour miner les accès sud et nord d’Egersund. Le 21 août, il mouille ses premières mines dans le chenal sud, puis se dirige au nord et aperçoit à 2000 m, un pétrolier de 3000 tonnes escorté. Le Rubis l’attaque avec la tourelle orientable de l’arrière mais la torpille reste coincée dans le tube, provoquant un barouf terrible jusqu’à l’épuisement de sa réserve d’air !
Le convoi s’éloigne sans le détecter.
Le Rubis poursuit sa route vers le second mouillage. Arrivé sur les lieux il aperçoit un convoi à 8 miles ; les mines en place, il attaque le convoi maintenant très proche.

Le Commandant Rousselot au périscope.
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A 14h35, un escorteur passe à 150 mètres au moment où le Rubis lance deux torpilles à cinq secondes d’intervalle qui touchent le bâtiment de tête, un cargo de 4.000 tonnes à une distance de 300mètres environ, soit bien moins que la distance de sécurité de 900 à 1000 mètres !
Le Rubis est secoué par les explosions du cargo, ce qui endommage la batterie principale et provoque une voie d’eau au panneau avant. Il touche brutalement le fond à 41mètres ; la voie d’eau est rapidement colmatée à l’aide d’un palan, mais le sous-marin est dans le noir avec environ 90 éléments de batterie fissurés et l’acide qui fuit en quantité importante! Mais il faut attendre la nuit pour tenter de faire surface !

A 21h30, n’entendant plus de bruit au-dessus, l’équipage est placé aux postes de combat pour faire surface.
Mais les moteurs électriques refusent de démarrer ! Le sous-marin chasse aux ballasts principaux, mais rien ne se passe ! Chasse à l’arrière sans résultat ! Le Rubis est collé au fond !
Enfin, à 22 heures, la chasse au ballast avant décolle le Rubis qui remonte avec 50° de pointe, et retombe lourdement à la surface, ce qui finit de démolir les batteries !
Les diesels sont lancés et il s’éloigne de la côte à une vitesse de 10 nœuds, tout en vidant avec des seaux l’acide qui s’est répandu dans le compartiment batteries.
Le 22 Août à 2h00 puis à 4h00 du matin, le sous-marin doit s’arrêter pour isoler des éléments qui fument.
A 6 h 30 du matin, et à 45 miles de la côte, il est obligé de stopper sur incendie batterie. Les vapeurs d’acide et la fumée sont telles que la totalité de l’équipage se réfugie sur l’abri de navigation et le pont ; Heureusement, la mer est calme ! Seuls les électriciens descendent avec des masques à gaz pour essayer de réparer la batterie !
Le sous-marin repart après une réparation de fortune qui lui permet d’obtenir une vitesse de 4 nœuds sur un seul moteur ; en effet, il faut absolument limiter le courant de charge qui est fourni par le moteur électrique entrainé par le diésel.
La journée se passe sans autre incident. A 20 h 30, un chasseur Anglais Beaufighter survole le Rubis qui lui signale sa position, puis la nuit tombe ; l’équipage s’installe tant bien que mal sur le pont et l’abri de navigation pour passer la nuit à la belle étoile.
Le 23 Août à 0h49, le Second-maître Yves TURIER, canonnier du Rubis, se déplace sur le pont du sous-marin, tombe à l’eau dans la nuit noire et se noie sans que ses camarades puissent lui porter secours malgré l’arrêt immédiat du sous-marin.
Il sera la seule perte humaine du bâtiment pour toute la guerre.

A 10h30, les ennuis continuent ! C’est maintenant la radio qui tombe en panne, empêchant le Rubis d’entrer en contact avec 3 Catalinas lancés à sa recherche.
Cependant, la situation s’améliore dans le compartiment batteries ; les vapeurs d’acide se dissipent, ce qui permet de connecter ensemble les éléments encore en état pour obtenir une tension suffisante au fonctionnement correct des installations. Le Rubis repart à 7,5 Nœuds sur un seul moteur.
A 11h35, un chasseur Anglais Bleinheim survole le Rubis. Cette fois, la radio fonctionne et permet de communiquer la situation somme toute pas très brillante !

22 Août 1941 : le Rubis, blessé, fait route vers l’Angleterre.
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A 12h20, le commandant Rousselot aperçoit deux bouées rouges à bandes blanches, signalant deux mines ; en fait, pour aller au plus court, le sous-marin traverse un champ de mines Allemand, guidé par l’avion Anglais !
Tout l’après-midi, les avions se relaient pour guider le sous-marin jusqu’à ce qu’il rejoigne trois navires d’escorte vers 20h00 ; s’en suit le transfert des blessés, brûlés par l’acide des batteries, à bord d’un destroyer Anglais.
Le 24 Août, le Rubis fait route avec une escorte digne d’un roi ! Il y a un croiseur, trois destroyers, deux chalutiers, un remorqueur et une noria d’avions Anglais pour veiller sur l’enfant chéri de l’Amiral Horton !

Enfin, le 25 Août à 14h00, le Rubis accoste à Dundee avec une nouvelle victime à son tableau de chasse : pendant son retour laborieux, un chasseur de sous-marin a sauté sur une de ses mines.

Août 1941 : l’équipage pose sur le pont du Rubis au retour de sa patrouille mouvementée.
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Après sa remise en état, le Rubis s’apprête à repartir en mission.
Ce sera avec une glorieuse décoration qu’il partage avec un seul autre navire, la corvette Aconit :
La Croix de la libération décernée par le Général De Gaulle avec la citation suivante :

« Bâtiment qui n’a pas cessé une seule heure de servir la France dans la guerre depuis le début des hostilités et dont l’Etat-major et l’équipage ont fait preuve des plus belles qualités guerrières en accomplissant de nombreuses et périlleuses missions dans les eaux ennemies. A infligé aux transports maritimes allemands des pertes sévères. Très sérieusement endommagé au cours d’une attaque, a réussi à regagner sa base au prix d’efforts inouïs du personnel en traversant un champ de mines très dangereux ».

Mayfield le 14 octobre 1941 : Le général de Gaulle épingle la Croix de la Libération sur le fanion du Rubis
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Le Général De Gaulle en inspection à bord du Rubis.
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En août 1941, un membre de l’équipage a aussi les honneurs d’une décoration : le chien Bacchus, mascotte du sous-marin. Lors d’une cérémonie officielle, la Présidente du British Canine Association lui remet la médaille de la ValiantDog pour son comportement exemplaire lors de cette fameuse dixième mission.

La remise de la décoration à Bacchus …….................qui pose ensuite fièrement sous le canon du Rubis
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Extrait d’un journal Anglais : Bacchus écoute la citation du LV Dubuisson sous le regard du Cdt Rousselot.
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Bacchus, comme tous les chiens présents sur les sous-marins Français, n’était pas qu’une mascotte ; il avait la mission de détecter les gaz lourds, dangereux pour l’équipage, tels le monoxyde et le dioxyde de carbone.
Cette fonction sera assurée par nos amis à quatre pattes jusque dans les années soixante, lorsque la technique permettra de les remplacer en toute sécurité. Mais c’est avec regret que les marins les verront partir, gardant en mémoire d’émouvantes histoires, telle l’inhumation en mer de Popeye avec les honneurs de tout l’équipage au garde à vous sur le pont de l’Africaine en 1956 !

Ces chiens étaient choyés par l’équipage et Bacchus ne faillit pas à la règle ; né sur la base navale de Cherbourg en 1937, d’un père et d’une mère, également sous-mariniers, il failli être débarqué lorsque le Rubis arriva à Dundee en Avril 1940. En effet, les services vétérinaires voulaient lui imposer une quarantaine sanitaire ! Mais l’équipage fit bloc en disant :
« Pas de chien à bord du Rubis ? Alors pas de sous-marin opérationnel ! »
Face à une telle détermination, les Anglais ne pouvaient que céder !
Il faut dire que Bacchus se montrait particulièrement attachant ; il avait compris très tôt qu’il ne devait jamais faire de bruit lorsque le sous-marin évoluait en plongée, même lorsque les grenades sous-marines faisaient trembler la coque ! Et il savait se placer loin des jambes des marins !
Il savait toujours quand le sous-marin allait faire surface, par l’observation des vas et viens de l’équipage et la compréhension des ordres du commandant. Il se plaçait alors sagement au pied de l’échelle de coupée, attendant patiemment qu’une épaule charitable le monte sur le pont ; il était alors le premier membre de l’équipage à respirer l’air du large !
De toute l’histoire de la marine Française, il est le seul animal décoré et cela lui valut les caresses de félicitation du Général De Gaulle lors de ses visites à bord du Rubis !

Bacchus attend patiemment au pied de l’échelle….L’épaule charitable qui le conduit à l’air libre !
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Les missions suivantes amènent le Rubis au large de Saint-Jean de Luz en Janvier 1942, sur Jutland Bank en Mars puis à Trondheim en Avril, sans résultats connus.
Le 27 Mai 1942, le Rubis rallie la 5éme flottille à Gosport pour trois mois d’opérations dans le golfe de Gascogne ; il mouille ses mines prés de Cap Breton le 5 Juin et au nord d’Arcachon le 7 Juillet et le 14 août.
Ces trois derniers mouillages ajoutent au tableau de chasse du Rubis deux dragueurs de mines, un bâtiment de 500 tonnes, quatre petits bateaux, un sous-marin Allemand coulé ainsi qu’un autre, l’U-600, endommagé.
Mais, surtout, le trafic maritime du minerai de fer venant d’Espagne est interrompu et le Rubis rentre à Dundee fin Août 1942, mission accomplie.

Lors de sa 18éme mission, Le rubis mouille ses mines le 18 Septembre 1942 au large de Tromso, ce qui cause la perte d’un navire de 725 tonnes.

Le Rubis accosté le long du quai nord du bassin Camperdown à DUNDEE
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Puis il entre en grand carénage jusqu’au 2 Mai 1943.
L’officier en second, le Lieutenant de Vaisseau Simon Dubuisson quitte alors le Rubis pour prendre le commandement de la Minerve et il est remplacé par l’enseigne de vaisseau Vissian, rescapé de la corvette Mimosa des FNFL, torpillée par l’U-124 le 9 Juin 1942.
Modifié en dernier par Jacky-Soum le 21 Fév 2017 17:09, modifié 14 fois.
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"Heureux possesseur du LAUBIE ex U766"
"Le poseur de mines RUBIS des FNFL en construction..."

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Re: Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 24 Mar 2011 20:59

Après une période d’entraînement intensif pour rendre le bâtiment à nouveau opérationnel, le Rubis rejoint la 5éme flottille à Gosport en Juin 1943, et les missions reprennent. Entre le 29 Juin et le 16 Juillet, il mouille ses mines au large de Biscarosse : un patrouilleur de 650 tonnes et un petit bâtiment sont coulés.

Du 1er au 8 Août 1943, le Rubis pose ses mines au large de Brest et du 23 Août au 11 Septembre, il est au large de Bayonne où quatre torpilleurs Allemand ne l’empêchent pas de mener à bien sa mission.
La mission suivante, du 22 Septembre au 9 Octobre au large de Penmarch envoie par le fond un chasseur de sous-marin.

Au retour de cette mission, le Rubis entre en carénage pour réparer la coque où des fissures sont apparues au niveau des barres de plongée arrière : il est indisponible jusqu’en Février 1944.

Du 20 Février au 3 Mars 1944, le Rubis mouille ses mines prés de Lacanau et du 17 au 31 Mars près de Rochebonne dans le golf de Gascogne, sans résultat connu.

Les opérations sont alors suspendues pour la préparation du débarquement de Normandie.

Quatre officiers du Rubis trinquent à une récente victoire ;
de gauche à droite, le Lieutenant Brunet, le lieutenant de Vaisseau Rousselot, le capitaine de corvette Cabanier et le Lieutenant Dubuisson

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Après une période d’entraînement, le Rubis repart du 18 au 29 Septembre 1944 pour ce qui est considéré comme sa plus fructueuse mission : le 25, il mouille 31 mines dans l’approche sud de Skudenesfjord, la 32éme mine refusant obstinément de quitter son logement.
Le 27 Septembre un convoi de cinq bâtiments escorté par huit chasseurs de sous-marin se dirige droit dans le champ de mines : deux cargos de 5295 et 5748 tonnes ainsi que deux escorteurs sont coulés ; le reste du convoi fait demi-tour et rentre à Stavanger. Tout le trafic maritime est interrompu dans ce secteur.

Un retour de mission du Rubis ; on remarque le « V » de la victoire peint sur l’abri de navigation.
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Du 14 au 26 Octobre, le Rubis est entre Haugesund et Bergen : un escorteur allemand est endommagé.
Du 18 au 29 Novembre, il largue ses mines aux abords de Egersund : un cargo est endommagé.

Enfin du 13 au 24 Décembre, il dépose ses engins dans le chenal sud de Stavenger, à un mile de la cote ; le 21 Décembre, deux escorteurs et un cargo de 5190 tonnes sont coulés, ainsi qu’un dragueur pendant les opérations de déminage !

C’était la dernière mission de guerre du Rubis ; le bâtiment est fatigué et ses moteurs diesel accusent plus de 2000 heures de marche qui nécessitent un grand entretien.
Il entre en carénage dès son retour et n’en sortira, incomplètement remis en état par manque de moyens adaptés dans le port Anglais,
que le 8 Juin 1945, soit presque 5 ans jours pour jours après la décision de l’équipage de rejoindre les FNFL !
Cinq années au cours desquelles la quasi-totalité de l’équipage s’est marié avec des Écossaises et a eu, pour certain membre, plusieurs enfants !

C’est à ce moment que Bacchus meure à bord du sous-marin, et ne reverra donc pas le sol de France.
Il est enterré avec les honneurs dus à son rang dans le cimetière de Dunoon par tout l’équipage en pleurs…
Le sous-marin ne pouvant pas se passer de son chien, Aristo devient la nouvelle mascotte du bord, assurant la digne succession de Bacchus jusqu’à la fin du Rubis.

C’est donc avec beaucoup d’émotion que le Rubis quitte Dundee le 10 Juin sous les acclamations d’une foule nombreuse et au son des cornemuses Écossaises, à destination de Falmouth qu’il atteint le 11 Juin.
Puis il quitte définitivement l’Angleterre le 12 Juin et rallie Oran, terre coloniale Française, le 23 Juin. Il est alors désarmé et l’équipage est dispersé, la plupart des hommes démobilisés retournant à Dundee auprès de leurs familles.

Le commandement des forces sous-marines Britannique, en la personne de l’Amiral Max Horton, adressa au Rubis le message de remerciement suivant :
« Au moment de votre départ du Royaume-Uni, je vous adresse à vous et à votre vaillant équipage ma très grande appréciation pour votre magnifique contribution à notre effort commun dans la lutte sous-marine.
Bien que le résultat complet de vos activités ne doive sans doute jamais être connu, l’arme sous-marine Britannique est parfaitement consciente de la façon audacieuse et efficace avec laquelle vous les aurez exercés.
Bonne chance à vous tous. »


De même, l’Amiral Henry Moore, commandant en chef de la Home Fleet félicita le Rubis par le message suivant :
« Au terme du service du sous-marin Français Rubis, sous le contrôle opérationnel Britannique, je voudrais exprimer l’admiration de la Home Fleet pour le travail précieux qu’il a fourni pendant la longue période de la guerre. Beaucoup de travail et un remarquable sens de l’effort devant les difficultés matérielles et tactiques qui lui ont acquis une grande renommée.
Sous la direction de deux commandants extrêmement capables, le résultat de ses nombreuses patrouilles est impressionnant.
Je souhaite à Rubis et à son équipage, où qu’ils puissent être, tout le succès possible. "


La reconnaissance et la gloire après l’enfer…..

Ainsi s’achève la vie guerrière du bâtiment Français qui, à lui seul, a coulé plus de navires ennemis que toute la flotte Française pendant la totalité du conflit. Au cours de ses 28 missions, il a mouillé 683 mines qui ont envoyés par le fond « au moins » 18 bâtiments de guerre et de commerce, en ont endommagé deux autres et, surtout, ont contraint l’ennemi à de longues opérations de déminage, paralysant le trafic maritime.
Et encore ! Il est vraisemblable que le tableau de chasse du RUBIS soit bien plus élevé, puisque la consultation des archives Allemandes laisse planer le doute sur la perte de 9 autres bâtiments, qui pourraient bien avoir victimes de ses mines !
Son Pacha, le Lieutenant de Vaisseau Rousselot, est le seul officier à avoir participé à la totalité des missions du Rubis ; il est d’autre part l’officier de marine allié le plus décoré par l’Amirauté Britannique.

Les missions et les victoires « officielles » du Rubis figurent toutes sur le fanion de pirate, le ‘ Jolly Roger’ qu’il avait le privilège de porter. Ce fanion était régulièrement arboré par les sous-marins Anglais tels le HMS Urge et le Upholder au retour des missions victorieuses et c’est tout naturellement que les Anglais offrirent le sien au Rubis suite à ses succès.
Seulement trois bâtiments Français ont eu cet honneur, le Curie, ex Vox Anglais et le Casabianca étant les deux autres.

Reproduction du Jolly Roger du Rubis avec toutes ses victoires et ses décorations.
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Les bandes blanches représentent les navires de commerce coulés ou endommagés, les bandes rouges, les navires de guerre. Le glaive illustre la mission de débarquement d’un agent. La bande barrée par une torpille signale le navire coulé à la torpille, les autres ayant été touchés par des mines. Les 21 mines blanche représentent les missions de mouillage.
En haut à gauche, la croix de la Libération décernée le 14 Octobre 1941 et, en dessous, la croix de guerre 1939-1945 décernée le 23 août 1946.

Le Jolly Roger original du Rubis en 1943.
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Mais la vie du Rubis ne s’arrête pas en Juin 1945 !
Caréné et réarmé à Oran, ses moteurs remis à neuf, il regagne Toulon où il sert, entre autre, lors d’exercices d’écoute sous-marine et de mouillage de mines d’exercice. Il participe à des entraînements combinés avec des avions et des bâtiments de surfaces.
Il effectue des "croisières" qui le mènent dans les ports d’Afrique du Nord, Alger, Bizerte, et Casablanca, ainsi qu'à Lorient et Brest, participant ainsi à la formation des équipages des sous-marins en construction.

Il effectue aussi des exercices d'évacuation de l'équipage du sous-marin posé au fond, en utilisant le sas de scaphandrier.
Le Commandant COUSTEAU a immortalisé l'un de ces exercices et le film a été inclus dans une émission intitulée "le travail des hommes" en Mars 1958, puis archivé par l'INA où il est visible en suivant ce lien : http://www.ina.fr/video/CPF86654444

Deux marins, posent devant l’abri de navigation du Rubis amarré à couple du croiseur Suffren, en Octobre 1947.
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Puis le Rubis est placé en réserve le 01 Juillet 1948 mais demeure base sous-marine pour l’instruction des sous-mariniers avant leur affectation à bord d’autres bâtiments.
Enfin, il est condamné le 4 Octobre 1949, abandonné au fond de l’arsenal et livré à la rouille en attendant les ferrailleurs.

Quelque temps plus tard, c’est là qu’un jeune ingénieur du génie maritime accompagné du Lieutenant Blondel, ancien officier « en 3éme » du Rubis remarque la vieille coque et demande :
- « Qu’est-ce que c’est que ce tas de ferraille ?
- C’est le Rubis.
- D’où sort-il, celui-là ? »

Blondel fait face à l’ingénieur et lui répond en serrant les dents :
- « De l’enfer. »
Puis il tourne les talons et le plante là.

Visiblement, le Rubis gène et il va falloir prendre une décision….

C’est alors que son premier Pacha, qui est devenu entretemps commandant du groupe d’escorte anti-sous-marine, l’Amiral Georges Cabanier refuse de voir la dépouille de ‘son’ sous-marin livré aux ferrailleurs, jugeant cette fin indigne.
La marine a besoin d’un but sonar en eau profonde et l’amiral obtient que la vielle coque soit coulée au large de Toulon.

Plus tard, l’Amiral écrira dans son livre "Croisières périlleuses" :
- « Ce vieil et glorieux serviteur ouvrit pour la dernière fois ses purges, panneaux ouverts, et s'enfonça à jamais dans la seule sépulture qui fût digne de lui ».

Mais le Rubis ne voulait pas disparaître !

Il devait être coulé dans une zone où la profondeur dépasse 3000 mètres, connue seulement de la marine, totalement inaccessible aux plongeurs. Mais un fort vent d’est en a décidé autrement, provocant la rupture de la remorque bien avant d’avoir atteint la zone prévue pour le sabordage !
Face au danger de le voir drossé à la côte, il est alors pétardé à seulement 2600m du Cap Camara.

Le 31 Janvier 1958, le remorqueur SAMSON ex SUDER HEVER allemand et la gabare CRIQUET amènent le RUBIS au large du Cap Camarat.
Le Commandant RIFFAUD déclenche l’explosion d’une charge de 9 kgs et le sous-marin s’enfonce.

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Bien que l'épave serve de site d'entrainement pour les plongeurs démineurs de la marine, ce détail est tenu secret et la position marquée sur les cartes est volontairement erronée, signalant un « objectif sous-marin » dans une zone de grands fonds.

C’est en 1974 qu’une indiscrétion d’un plongeur de la marine permet la renaissance du Rubis ; deux plongeurs d’un club de Saint-Tropez, Jean-Pierre Gonzalez et Michel Selesniew, entreprennent alors de retrouver l’épave mythique. Une trentaine de sorties avec leur chalutier ‘L’Idéal’ et pas moins d’une soixantaine de plongées sont nécessaires à la redécouverte du Rubis posé bien droit sur sa quille par 41 mètres de fond ; sa silhouette se découpe parfaitement sur le sable blanc et c’est avec une émotion certaine que des dizaines de plongeurs le découvrent chaque année.
Certains disent même que « C’est sur… L’esprit de Bacchus veille sur l’épave !»

Un des rares cliché des hélices du Rubis pris en 1974, peu de temps après sa découverte par les plongeurs de L'Idéal.
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Arbres de transmission sectionnés à l'explosif en 1982 par la Marine Nationale pour récupérer les hélices….
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…qui depuis, gardent l’entrée de la base sous-marine à Toulon.
Voir à ce sujet, en 2eme page, le témoignage d'un ancien plongeur-démineur de la marine Nationale qui a participé à cette opération.

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L’amiral Georges CABANIER, décédé le 26 octobre 1976, avait souhaité que ses cendres soient immergées dans leur urne au-dessus de l’épave du Rubis.
La cérémonie est célébrée à partir du sous-marin Daphné, saluée par les honneurs au sifflet de marine et une salve de 19 coups de canon tirée par l’escorteur d’escadre Guépratte.
Il est rejoint en Août 1994 par l’Amiral Henri ROUSSELOT, décédé le 23 à Plouzane dans le Finistère. Ses obsèques sont célébrées à Brest, puis ses cendres sont dispersées au-dessus du Rubis.

Ainsi, le glorieux sous-marin partage sa sépulture avec ses deux illustres Pachas.

L’Amiral Georges CABANIER et L’Amiral Henri ROUSSELOT.
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Le Général De Gaulle a écrit dans ses mémoires au sujet du Rubis ce qui suit :
- « Une telle continuité dans l'effort, une telle persistance dans le succès ne sont pas si courantes dans notre histoire navale qu'on puisse sans inconvénient en négliger l'exemplarité. A cet égard, le nom porte en soi un pouvoir certain, patronymique, il suggère aux descendants les vertus d'un ancêtre et exerce sur eux son influence. Un bateau est une entité vivante dont les traits de caractère résistent aux modifications de l'équipage et se transmettent au cours des âges, par le nom : c'est pourquoi donner celui de « Rubis » à l'un de nos nouveaux sous-marins me paraîtrait relever d'un bon usage des traditions. »

Sa volonté faillit rester lettre morte ! Le programme voulu par le Général comptait six sous-marins nucléaire d’attaque, le premier devant s’appeler Rubis, choix entériné par décision ministérielle en date du 19 Novembre 1965. Mais, pour une raison inconnue, le premier bâtiment mis en chantier le 4 Mars 1976 et lancé en juillet 1979, s’appelle ‘Provence’, du nom d’un cuirassé sabordé à Toulon le 27 novembre 1942.

Le 13 Octobre 1980, l'Académicien et ancien résistant Maurice Druon rappel les faits au ministre de la défense, lui signalant l'ancienneté et l'importance du nom de Rubis, donné à 15 bâtiments de guerre depuis 1665. Il signale d’autre part que « le nom de Rubis, symbolise l'épopée de l'un des plus glorieux bâtiments qui ont participé dès 1940 à la lutte pour la libération de la France tandis que le nom de «Provence» évoque plutôt l'un des épisodes les plus attristants de l’histoire récente de notre marine de guerre. »

La correction intervient le 18 Décembre 1980 et le premier SNA et enfin baptisé Rubis.

Le SNA Rubis lors de la revue navale au large de Sainte Maxime le 8 mai 2009.
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Le 18 juin 1996, lors d’une cérémonie célébrant l’appel du Général de Gaulle, la fourragère de la Libération est remise au sous-marin et à son équipage, en hommage au sous-marin mouilleur de mine, son célèbre aîné.

Puis, le 18 Juin 2003, le SNA Rubis fête ses 20 années de service. C’est l’occasion pour l’un des derniers survivants du poseur de mines des FNFL de lui remettre une copie du Jolly Roger qui flotte désormais sur le sous-marin nucléaire.

Gaston SANZ, ancien cuisinier et torpilleur du sous-marin mouilleur de mines Rubis, pose avec l’équipage du SNA Rubis.
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C’était la dernière fois que Gaston Sanz participait aux commémorations du 18 Juin ; il s’est éteint dans les premiers jours d’Avril 2004. Il avait écrit :
- «Mon désir est de rejoindre mon commandant, l’amiral Cabanier, ma famille étant d’accord, mes amis sous-mariniers me l’ont promis.»

Le mardi 6 Avril 2004, lors d’une cérémonie dans la base sous-marine de Toulon, l’urne contenant les cendres de Gaston Sanz est remise au Capitaine de Frégate François Savy, commandant du SNA Rubis et, conformément aux dernières volontés du vieux sous-marinier des FNFL, le 1er Mai ses cendres rejoignent solennellement celles de ses deux commandants sur l’épave du Rubis.

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Bien qu’il soit le plus célèbre sous-marin des FNFL, le RUBIS ne fut pas le seul à lutter pour la liberté dès Juin et Juillet 1940 ; le NARVAL, sous-marin « de 1ére classe » disparu en opération en Décembre 1940, la MINERVE et la JUNON, sous-marins du type « Amirauté » qui réussirent plusieurs missions importantes jusqu’en Mai 1945 pour le 1er et Avril 1944 pour le second, ainsi que le « croiseur sous-marin » SURCOUF, coulé accidentellement le 19 Février 1942, menèrent aussi le combat.

A tous ces marins obstinés et fidèles à un idéal de liberté, le Général De Gaulle a rendu hommage en ces termes :

" La vague ne détruit pas le granit.

Vous, les marins de la France Libre, ce que vous avez fait pour
la France en poursuivant la lutte sur la mer, envers et contre tout,
dans le plus grand drame de notre Histoire, rien, ni le temps,
ni les passions, ne l’effaceront jamais.

Je vous salue, mes Camarades !

C. de Gaulle

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Destinée des autres pierres précieuse.

Saphir : capturé à Bizerte en décembre 1942, renommé par les italiens FR112, il est sabordé à Bizerte le 15 septembre 1943. Irrécupérable, il est ferraillé.

Turquoise : capturé à Bizerte en décembre 1942, renommé par les italiens FR116, il est sabordé à Bizerte le 6 mai 1943. Récupéré par la marine Française en 1945, il n’est pas réparé et condamné le 12 Août 1947.

Nautilus : capturé à Bizerte en décembre 1942, il y est coulé le 31 janvier 1943. Relevé par la marine Française en 1945, il n’est pas réparé et condamné le 12 Août 1947.

Diamant : Sabordé à Toulon le 27 novembre 1942, il est relevé en 1943 par les Allemand mais il est coulé par les bombardements alliés en Août 1944. Il est ferraillé sur place en 1945.

Perle : Coulé par erreur le 8 juillet 1944 par des bombardiers anglais. C’est, avec la disparition du Surcouf en Février 1942, une des regrettables tragédies de cette guerre.

Début Juin 1940, la Perle procède à des mouillages de mines sur les côtes de Corse puis, après l’armistice, le sous-marin est désarmé et mis en gardiennage dans le port de Toulon en Août 1940.
Lors du sabordage de la flotte le 27 Novembre 1942, la Perle se trouve à Dakar ; le sous-marin rallie les FNFL en Décembre 1942 ; d’Avril à Octobre 1943, la Perle participe à plusieurs missions en Méditerranée ainsi qu’à la libération de la Corse en Septembre.
Début 1944, le Rubis est indisponible et la Perle est choisi pour le remplacer après modernisation ; elle est donc envoyée à Philadelphie pour recevoir les mêmes modifications du système de largage des mines que le Rubis.

La perle quitte New London le [b]26 Juin 1944[/b] sous l’escorte du destroyer US Cockerel et fait une courte escale à Terre-Neuve. Puis il reprend la mer à destination de Holy Loch en Ecosse, d’abord escorté par le HMS Chicoutimi puis seul à travers l’océan.
L’aviation allier est, en principe, prévenue de la présence du sous-marin Français, mais de mauvaises conditions de transmission amènent à une incompréhension de l’information qui n’est pas confirmée.

Le 8 Juillet 1944, vers midi, la Perle navigue en surface en zigzags quand la brume se lève. C’est alors qu’un bombardier Swordfish le repère et, malgré le pavillon Français bien visible sur le submersible, le prend pour un U-boote à la recherche du convoi ONM243 qui se trouve à 30 milles de là.
L’escorte du convoi n’a pas été avertie de la présence du sous-marin Français et la décision est prise d’attaquer ce qui pourrait être un submersible ennemi camouflé. A 12h52, malgré le code de reconnaissance du jour envoyer par le sous-marin a l’aide de sa lampe à signaux, le Sworfish T1 du lieutenant Otterveanger pique sur le sous-marin et largue ses bombes.

La perle gravement endommagée coule très vite, laissant à la mer 17 marins qui se débattent dans l’eau froide. Trois heures plus tard, le destroyer d’escorte repêche un seul survivant, le premier maître Cloarec qui est pris dans un premier temps pour un marin Allemand !
C’est seulement après vérifications auprès du commandement allié que la terrible méprise est admise.

Image
La Perle juste avant le début du conflit.

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Sources d’informations :

Pour l’historique et les photos du Rubis en activité :
Les livres suivants :
- Les sous-marins Français par Jean Moulin chez Marines éditions.
- Les sous-marins de 1500 tonnes par Claude Picard chez Marines éditions.
- Les sous-marins de la France Libre par Maurice Pasquelot chez France Loisir.
Les collections ou photos personnelles de
- Claude Picard.
- Axel Aboulker.
- Olivier Vanbremeersch.
- Roger Bezacier.

L’excellent site de l’AGASM, section Rubis : http://www.sectionrubis.fr/
http://www.anciens-cols-bleus.net/t1087 ... mines-fnfl
http://fr.wikipedia.org/wiki/Rubis_%281931%29
http://www.ordredelaliberation.fr/fr_unite/rubis.html
http://www.charles-de-gaulle.org/pages/ ... -rubis.php
http://www.sous-mama.org/diamand-nautil ... g-242.html
http://maitres-du-vent.blogspot.com/201 ... ibres.html
http://sectionrubis.fr/spip.php/IMG/pdf ... article191
http://archives.assemblee-nationale.fr/ ... -10-13.pdf
Biographie Amiral Cabanier : http://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_Cabanier
Biographie Amiral Rousselot : http://www.ordredelaliberation.fr/fr_compagnon/874.html
Biographie Bacchus : http://laroyale.forum0.net/t1418-les-mascottes
Dossier sur les chiens mascottes de sous-marins : http://www.sectionrubis.fr/spip.php?article118

Pour les photos de l’épave :

http://papycousteau.over-blog.com/article-33804156.html
http://nicoblon.free.fr/eprubis/epaverubis.htm
http://hgb-oise.com/Page_hgb/doc_pdf_hgb/Le%20Rubis.pdf
http://www.azurelite.net/grandebleu/epa ... _a161.html
http://maupiti22.free.fr/lerubis.html#haut%20de%20page

Quelques vidéos de l’épave :

Et en premier, le film réalisé en 1997 par Philippe SCANFF de l’histoire du Rubis avec les témoignages des survivants (23min) :

Deux des plus belles vidéos avec vues de l’intérieur :




Une autre très belle :


Une vidéo de la faune du Rubis :


Une plongée en apnée :


Le film réalisé en 2012 par Olivier Vanbremeersch suite à une plongée sur l'épave :


Impressionnantes images en noir et blanc accompagnées par la voie d’une cantatrice : http://www.azurelite.net/grandebleu/epa ... _a161.html

Et bien d’autres…

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Modifié en dernier par Jacky-Soum le 21 Fév 2017 18:49, modifié 35 fois.
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Re: Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar Patjabix » 24 Mar 2011 22:36

Salut Jacky,

Un grand merci de nous faire partager ces pages d'histoires :respect:
A+
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Re: Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar Pablo » 25 Mar 2011 00:20

+1 avec Pat,
Jacky... On en attendait pas moins de ta part après ton historique sur le Laubie :Up:
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Re: Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 25 Mar 2011 19:02

Salut à tous et merci à Pat et Gérard ! ;)

Je viens de finir l'historique dans le deuxième post ; bonne lecture ! :Up: :Up: ;)

Cordialement de Jacky-Soum
"Où mon chapeau passe, la pluie trépasse !"
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Re: Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar Teba » 26 Mar 2011 13:31

Bonjour, :)

Encore une trés belle histoire, merveilleusement racontée par "Jacky-Soum", j'adore le chien "Bacchus". :Up:

On en redemande.

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Re: Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar climax » 26 Mar 2011 13:40

Merci pour ce récit :Up:
http://www.youtube.com/watch?v=ZJl3SatEC50
http://www.casimages.com/galerie.php?id=51811h53149
un Alfa 1/48, un U206 1/32, un Triomphant 1/100, un Sturgeon 1/96, un Akula 1/96
le petit sous marin de Spirou au 1/11

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Re: Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar Arethuse » 26 Mar 2011 20:48

je viens de voir cette article et je reste quoique .. :!: Jacky tu devrais écrire un livre tu as l'âme d'un :Up: écrivain
tout batiment de surface est une cible potentiel pour les sous-mariniers

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Re: Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar Jacky-Soum » 28 Mar 2011 19:29

Salut à tous ! ;)
Merci pour vos commentaires ; c'est vrai que j'aime bien raconter des histoires mais de là à écrire un livre !.... :o :woow: ;)

Michel, puisque tu sembles sensible à l'histoire de ces chiens embarqués, n'hésites pas à aller ici : http://www.sectionrubis.fr/spip.php?article118
Si tu ne l'as pas déjà fait, bien sur ! ;) Il y a d'autre histoires de chiens tout aussi intéressantes ! :Up: :Up: ;)

Cordialement de Jacky-Soum
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Re: Le mouilleur de mines RUBIS des FNFL : son histoire.

Messagepar Teba » 28 Mar 2011 19:53

Bonjour, :)

Merci, j'avais déja lu les histoires des chiens embarqués, mais je ne connaissais pas celle là. :Up:


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